Entrée dans la grande ville (Mc 11, 1-10)

Des Rameaux à Pâques : épisode 1

Hosanna !
Béni soit !

Une clameur emplit peu à peu la ville. Elle envahit les rues comme un torrent indomptable. Son écho résonne de façade en façade. On n’a jamais connu une telle agitation, sauf au jour de la pâque, mais nous n’y sommes pas encore. Que se passe-t-il ?

Je me lève de mon bureau et abandonne les calculs et autres rapports que je suis en train de compléter pour l’administration romaine ; les fonctionnaires sont tatillons sur les taxes que nous prélevons et que nous devons reverser à l’Empire. Je sors. La rue est déserte. Étrangement. D’ordinaire, elle grouille de monde autour des étals des marchands. Je descends. Mes pas claquent à leur tour sur les pavés de la route.  Les maisons se renvoient leur bruit qui se mêle à ce chant triomphal qu’on réserve au roi. J’aperçois alors une foule énorme aux portes de la Ville, celle des grands jours. Je m’approche, me mets sur la pointe des pieds, mais n’y vois rien. Alors, je joue des coudes et des épaules pour me frayer un passage. Je bouscule un vieillard qui manque de tomber, une femme portant un bébé. J’écrase un ou deux pieds au passage. Je m’en excuse. On ne me répond pas. On ne fait pas attention à moi. Moi le retardataire. Moi le dernier arrivé ! Tous les visages sont tournés dans la même direction.

– Mais que se passe-t-il donc ?

– Regarde, l’ami. C’est le Prophète ! Celui qui vient de Galilée ! L’Envoyé de Yahvé ! Hosanna au plus haut des cieux !

L’homme qui me répond avec un large sourire édenté tient à la main une grande branche feuillue qu’il agite au-dessus de sa tête. Il n’est pas le seul. Ils sont nombreux, comme lui, à remuer ainsi l’air sec de cette période de l’année. Et tous reprennent en chœur :

– Hosanna ! Hosanna ! Sauve-nous !

Je pousse encore un ou deux corps pour me frayer un ultime passage. Enfin, je découvre  celui qui attire tous les regards. Je le vois. Il est là, celui que les anciens ont annoncé. Celui sur qui on projette aujourd’hui les promesses du temps de nos Pères : promesse de royauté retrouvée, comme aux heures de gloire de David.

Quelle n’est pas ma surprise ! Ma déception aussi !

Je découvre un homme plutôt malingre qui n’a rien du prestige des grands de ce monde. Pourtant, il y a en lui une dignité certaine. Il s’accroche, tient à peine assis sur un jeune âne titubant à chaque pas. Le pauvre animal ne sait que faire de ce poids qu’on lui inflige de porter, sans doute pour la première fois, des vêtements qu’on a jetés sur lui en guise de selle, de ceux qui jalonnent le chemin et qui entravent ses sabots. Je distingue sur sa croupe une croix foncée bien dessinée, comme la portent la plupart des équidés de son espèce. Entouré de ses compagnons de route, le Prophète paraît gêné de cet accueil. Je suis sûr qu’il aurait préféré passer incognito pour rejoindre le lieu du pèlerinage sans éveiller l’attention. Mais c’est trop tard !

Je me joins alors au cortège. Je saisis moi aussi une branche qu’une femme me tend et à mon tour, j’entonne le chant des montées, me joignant aux voix des habitants de la grande Ville :

– Hosanna ! Béni soit ! Hosanna ! Sauve-nous !

Nous prenons alors la direction du Temple. Le petit âne peine à attaquer cette pente. Il souffle. Bientôt, l’esplanade sera envahie par tous ceux qui, nombreux, viendront faire mémoire de la libération de notre esclavage. Aujourd’hui, cette commémoration prend un tour particulier, annonçant une ère nouvelle, celle de notre liberté bientôt retrouvée. Elle me paraît plus proche que jamais.

– Hosanna !

Publié par

meditheo

Diacre dans l'Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel (EREN), auprès des aînés et des personnes fragilisées, Jean-Marc aime bien écrire et partager ses convictions, ses valeurs, ses questionnements, son humeur (bonne ou mauvaise d'ailleurs).

Une réflexion sur “Entrée dans la grande ville (Mc 11, 1-10)”

  1. Je nous souhaite à tous de nous laisser inspirer par le fond de ce message. Le Christ est venu dans la ville, là où se passent les choses, au milieu de la population. Mais il est venu en modestie, sans fanfares. Aujourd’hui aussi il ne vient pas dans un bolide rutilant. Il vient doucement dans le coeur de ceux qui s’ouvrent à lui. Sa puissance est d’un autre ordre : elle nous donne la force d’être ouvert (e)s à ceux qui ont besoin de soutien, d’être juste et bienveillant, de nous réjouir de la beauté qui nous entoure, de ne pas désespérer même si tout ne marche pas pour le mieux dans ce monde.

    Jésus savait que sa fin était proche, mais il ne s’est pas caché pour autant. La vie est plus forte que la mort, que ce qui est mortifere. Soyons porteurs de vie et de lumiere!

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