Un temps pour vivre, un temps pour mourir

En réaction à un article sur l’un des blogs du magazine Le Temps, signé Jacqueline Jencquel.

Merci, Madame, de votre prise de position qui pointe du doigt le droit de chacun à la dignité. Cependant, je constate que vous présentez le recours à EXIT comme seule alternative à une vieillesse dégradante, passant sous silence les soins palliatifs. Ceux-ci, qu’ils soient résidentiels ou ambulatoires, accompagnent les personnes, soulagent au mieux les souffrances, offrent une présence humaine, et prennent en compte les émotions des proches. C’est un trait récurrent parmi les partisans de l’auto-détermination que de ne mettre en avant que le recours au libre choix, fût-il éclairé. J’avoue que j’ignore la situation et le développement de tels soins en France.
Un autre élément qui m’interpelle, c’est l’accent mis sur le choix de la personne, libre et lucide. Mais qu’en est-il de sa famille, de ses proches, de ses compagnons de vieillesse et autres soignants ? Ceux-ci vivront cette décision, et particulièrement le décompte des jours, de manières très contrastées, allant de la compréhension à la colère. La prise en compte de cet entourage me paraît aussi négligée de la part des associations pour le droit à l’auto-détermination.
Enfin, et quoi qu’on en dise, quels que soient les mots employés, il s’agit d’un suicide, d’une mort violente, qui laissera des traces, et des questions en suspens dans l’entourage.
Aumônier en EMS, j’aborde régulièrement la question de la fin de vie et de la mort. Ce qui inquiète, c’est bien la souffrance, la perte d’autonomie, le sentiment de devenir un poids. Je respecterai toujours le libre choix de chacun, j’entendrai les souffrances et les ras-le-bol de vivre, mais je n’évacuerai pas trop rapidement d’autres choix et surtout, je me mettrai aussi à l’écoute des besoins et interrogations des proches. Il me paraît indispensable de maintenir, autant que faire ce peut, le dialogue entre tous les acteurs et intervenants.
On prétend qu’il faut du courage pour mourir. Je crois qu’il en faut tout autant pour vivre la vie jusqu’au bout.
Avec mes respectueux messages, Jean-Marc Leresche

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Publié par

meditheo

Diacre dans l'Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel (EREN), auprès des aînés et des personnes fragilisées, Jean-Marc aime bien écrire et partager ses convictions, ses valeurs, ses questionnements, son humeur (bonne ou mauvaise d'ailleurs).

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