Mon instrument : cette lumière secrète venue du noir (Pierre Soulages)

Méditation dans le cadre d’une cérémonie d’adieux

Textes du jour : Genèse 1, 1-3 | Matthieu 5, 14-15
« Vous êtes la lumière du monde… »

En ce mois d’octobre, la nature nous offre un spectacle magnifique : une flamboyance de couleurs : des arbres aux feuillages jaunes, bruns, rouges, verts encore, mis en valeur par la lumière d’un ciel azur. Chaque jour, c’est une nouvelle composition qui s’offre à nos yeux ébahis. Il vaut la peine de s’arrêter, de s’asseoir et d’admirer l’œuvre de la Nature.

Il y a peu, mon épouse et moi avons eu l’occasion de visiter l’exposition de Pierre Soulages à la Fondation Gianadda de Martigny. Une exposition déconcertante d’abord et qui appelle des jugements souvent tranchés : on aime ou on n’aime pas. C’est blanc ou noir. Et bien, nous, nous avons aimé, beaucoup.

L’artiste s’emploie à n’utiliser qu’une seule couleur pour ses tableaux : le noir. Parfois avec quelques touches colorées. Et voilà que ce noir devient le capteur, le révélateur de la lumière. Si on s’attarde devant un tableau, si on le regarde sous différents angles, on verra alors la lumière apparaître, jouer, s’unir avec le noir et révéler des coups de spatule, des traits de pinceaux, des structures, des surfaces lisses. Il vaut la peine de prendre son temps et laisser ainsi l’œuvre révéler ce qu’on ne voit pas au premier regard.

Je me dis qu’entre l’automne de cette année et les tableaux de Soulages, il y a un lien et un parallèle à tirer avec notre vie : la lumière. Cette lumière qui nous est donnée et qui vient de plus grand que nous.

Que nous donnions un nom à sa source importe peu, finalement : Nature, Cosmos, Univers, Vie, Dieu. Ce sont des mots humains pour dire quelque chose qui nous dépasse et qui gardera toujours une part de mystère.

Dans la pensée chrétienne, dans le poème des commencements, le Créateur sépare d’abord le jour de la nuit, la lumière de la ténèbre, et il voit que cette lumière est bonne. Plus tard, le Christ invitera les foules et ses disciples à être lumières du monde, à briller par leurs bonnes actions. Non pas pour leur propre gloire à eux, mais à la gloire de Celui qui est Vie au-delà de tout.

Dans cette même pensée, notre vie est plus que ce que nous en savons et ressentons. Le matin de Pâques a jeté une lumière nouvelle sur la vie et sur la mort, celle de la résurrection. Celle-ci n’est pas à espérer seulement pour après notre trépas, mais dans cette vie ici et maintenant déjà, à chaque fois que la vie jaillit et renaît.

Vie et mort, lumière et ténèbres, s’unissent et sont indissociables dans nos existences tout humaines. Nous passons par des moments flamboyants et aussi par d’autres bien plus sombres où toute lumière semble avoir disparu. Cependant, je crois que ce qui traverse toute notre vie, c’est la lumière qui se révèle parfois de manière fugace et ténue. Cette lumière que nous recevons et que nous sommes appelés à faire rayonner autour de nous, par notre présence, nos mots, nos gestes, par tout ce qui fait qu’une rencontre peut devenir un moment lumineux.

Aujourd’hui, nous sommes face au mystère de la mort. Sombre pour les uns, lumineux pour certains, clair-obscur pour d’autres. Je crois qu’en cet instant précis, une lumière nous est donnée : celle de l’espoir.

Ce moment nous invite à revisiter tous les instants lumineux que vous avez partagés avec  NN, votre sœur, votre épouse, votre maman, notre amie.

Et à nous souvenir qu’elle a aussi été une porteuse de lumière dans des instants plus sombres. Toutes ces images deviennent alors des lumignons, des flammes sur votre chemin et vous montre un horizon où l’amour et l’amitié brilleront sans fin.

Aujourd’hui, devant le mystère de la vie, rappelons-nous que nous portons au plus profond de nous une lumière, synonyme de vie. Cette vie dont nous ne maîtrisons ni le début ni la fin. Seul l’entre-deux nous est donné pour que nous soyons des photophores, des porteurs de lumière, pour ceux et celles qu’il nous est donné de rencontrer.

J’aimerais terminer avec une citation de Pierre Soulages :

« Un jour je peignais, le noir avait envahi toute la surface de la toile, sans formes, sans contrastes, sans transparences.
Dans cet extrême j’ai vu en quelque sorte la négation du noir.
Les différences de texture réfléchissaient plus ou moins faiblement la lumière et du sombre émanait une clarté, une lumière picturale, dont le pouvoir émotionnel particulier animait mon désir de peindre.
Mon instrument n’était plus le noir, mais cette lumière secrète venue du noir. »

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Publié par

meditheo

Diacre dans l'Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel (EREN), auprès des aînés et des personnes fragilisées, Jean-Marc aime bien écrire et partager ses convictions, ses valeurs, ses questionnements, son humeur (bonne ou mauvaise d'ailleurs).

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