Ma vie de diacre. À l’heure du bilan #2

DIACONAT. À l’heure de ma transition professionnelle, je fais le bilan de mes activités au sein de l’Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel. Pas pour me glorifier, non ! Mais pour dire ma reconnaissance.


Dans un précédent billet, j’ai parlé de mon engagement auprès des aînés. Pendant un peu plus de deux ans, j’ai aussi participé à l’animation du groupe de jeunes Tourbillon, âgés de 11 à 14 ans. Je ne vous cache pas que ça me changeait du rythme des homes, mais les questions, au final, se rejoignaient, avec d’autres mots, mais quand même : pourquoi on vit si vieux ? Pourquoi on souffre ? Qu’y a-t-il après la mort ? Qu’est-ce qu’il y avait avant Dieu ? Est-ce que Dieu a créé les dinosaures ? Est-ce qu’il y a vraiment un Créateur, au regard de la science ? Alors, j’ai cheminé au pas de chacun. Laissant souvent les réponses ou les non-réponses venir d’elles-mêmes et prendre conscience qu’une question sans réponse, un doute, n’empêchent pas de croire.

Je suis particulièrement fier de ce que nous, les moniteurs et monitrices et les jeunes du groupe Tourbillon avons réalisé pour le Culte cantonal de l’EREN en 2014 au temple du Locle. J’avais lancé l’idée de réalisé des vidéos de Jeux de mains. Comment dire l’amour (c’était le thème du culte, parce que Le Locle est la capitale mondiale auto-proclamée de la Saint-Valentin) ? Et ce rendez-vous cantonal a fait la part belle aux enfants et aux jeunes.

Nous avons laissé la liberté aux jeunes de créer de toutes pièces des histoires qui se sont révélées pertinentes et touchantes. Un rythme lent qui permettait de s’imprégner de ce qui était projeté. Et ça a marché. On a reçu de nombreux échos très positifs et cela a été une belle récompense pour ces jeunes. J’ai découvert avec eux une foi en… (je n’ose pas dire Dieu, parce que tous ne s’y référaient pas), mais une foi certaine… en la vie, en l’amour.

Les fondamentaux bibliques ne sont plus évidents : Abraham, Moïse, Ruth… C’est qui ? Des histoires qui sonnent un peu bizarres, parce qu’elles sont vieilles… Alors, on tente de revenir à aujourd’hui, à ce qu’elles nous disent, ces histoires, pour nous. Oui, pour toi, pour moi. Et tant pis, ou heureusement, si on se trompe…

Bien sûr, quand on travaille avec des jeunes pré-adolescents, il faut faire de la discipline, rappeler les principes de fonctionnement du groupe qui ont été négociés avec eux. Il faut parfois tout arrêter, parce que ça dégénère… Élever la voix (c’est arrivé), revenir à un savoir-vire ensemble qui n’est pas une évidence à cet âge-là. Et tout cela, ça pompe de l’énergie ! Mais, au final et avec le recul, nous les moniteurs, nous avons beaucoup appris et c’est cela qui est beau ! Je me suis souvent surpris à repenser à cet épisode où Jésus place un enfant au milieu de ses disciples, les invitant à être comme lui pour entrer dans le Royaume. Quelle leçon !

À vous tous, jeunes et moins jeunes, je vous dis : MERCI!

À suivre…

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Ma vie de diacre. À l’heure du bilan. #1

DIACONAT. À l’heure de quitter mon ministère d’aumônier auprès des aînés et l’Église cantonale qui m’a permis d’y entrer (ndlr : pardonnez le jeu de mot entre quitter et entrer), il est temps de faire le bilan. Oh, pas pour me glorifier, mais en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur.


Voilà dix ans et quelques mois que je suis entré dans l’aumônerie auprès des aînés. Dans le jargon institutionnel, on dit : aumônerie en EMS. J’y ai fait mes premières armes, tout en suivant la formation diaconale en cours d’emploi. Avec le recul, je considère la situation inconfortable : du côté des établissements de soins, je suis le professionnel qui sait, un expert, et du côté de l’office qui me forme, un apprenant qui a le droit de faire faux, de se tromper, de tester.  J’ai fait avec…

Je renonce à compter les cultes, célébrations et cérémonies diverses que j’ai présidées, les visites aux résidents, les entretiens et discussions avec les familles (à leur demande ou au hasard des rencontres), les fêtes en tous genres organisées par les EMS eux-mêmes. Il y en a eu beaucoup et cela suffit.

Ce que je retiens, par contre, c’est le lien de confiance qui s’est tissé avec les résidents. Et pas plus tard que tout à l’heure, au moment de dire « à-Dieu », ces mots qui touchent en plein cœur : « On va vous regretter et Merci pour tout ! » La complicité avec des animateurs et animatrices, des soignants… « Merci ! » et je leur retourne le compliment.

Il y a eu, et c’est normal paraît-il, ces coups de blues. Ces moments où j’ai eu l’impression de passer à côté, d’avoir manqué l’essentiel. Et où j’ai été tout surpris d’entendre que j’ai fait du bien. Je vais oublier, si je peux, ces réunions ou autres colloques qui laissent le goût de « tout ça pour ça ! » Je ne garde pas rancune d’une reconnaissance à géométrie variable de la part des soignants.

On se quitte, oui, et c’est un vrai choix, j’ai déjà eu l’occasion de l’affirmer. On se quitte, mais on ne s’oublie pas. Pour ma part, je débarquerai dans ma nouvelle paroisse avec un gros sac à dos virtuel rempli de tous ces souvenirs, de tous ces visages. Certains regards se sont fermés pour rejoindre le mystère de Dieu. D’autres sont là encore et bien présents. Ils m’ont tant appris, ces « vieillards » qui ont relu une partie de leur vie avec une lucidité parfois déconcertante.  Ces hommes et ces femmes m’ont donné une leçon de sagesse (j’ai encore l’âge d’apprendre) : « Quand on croit avoir enfin tout compris, on découvre qu’on n’a rien compris… »

Moi un spécialiste ? Un professionnel qui sait ? Un expert ? Allons donc ! Oui, j’ai suivi des formations variées. Oui, j’ai acquis des savoirs, des compétences. Oui, j’ai évolué et progressé. Mais surtout, j’apprends toujours et encore à être humain… juste humain. Et cela suffit.

À suivre…

Entre enthousiasme et (risque d’) épuisement : l’histoire du buisson

DIACONAT. La transition professionnelle génère un sentiment d’impatience, parce que je vais vers un nouvel horizon (et je m’y vois déjà) et un risque d’épuisement, parce je dois être encore là où je suis, tentant de tout mettre en ordre en vue de la transmission.


Quand les choses se précisent… Ou pas !

Mon nouveau lieu de travail sera la paroisse réformée de La Neuveville et le Plateau de Diesse et environs, regroupés sous la jolie expression de Lac-en-Ciel (Églises réformées Berne-Jura-Soleure) dès le 1er mars prochain. Et depuis la reprise, au début du mois de janvier, je vis un temps qui oscille entre l’enthousiasme et le risque (je dis bien le risque) d’épuisement. Il y a des choses à faire, parce que je suis encore là, ou sur le point de ne plus l’être et d’autres à penser, prévoir, organiser ; des rendez-vous à fixer parce que je suis sur le point d’être là. Ainsi, je mets à la fois de l’ordre dans mes affaires et je classe ce que le conseil paroissial de La Neuveville, fort bienveillant, m’envoie à titre d’information (pour l’instant).

Quand présent et futur se marient pour le meilleur

Je suis donc partagé entre l’envie d’y être déjà et celle, non moins forte, de bien partir. Il y a dans les deux de l’enthousiasme et de l’épuisement.

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Le sens de ma vie

DIACONAT. Il en va du diaconat en général comme de la question du sens de la vie. Une question au(x) réponse(s) impossible(s). Alors, j’essaie de trouver le sens que je donne à mon diaconat aujourd’hui et là où je suis.


Le sens de la vie pour moi

« La vie a-t-elle du sens ou un sens ? » Posée ainsi la question n’a pas de réponse pertinente. Qu’on soit philosophe, théologien, diacre ou humain. Tout simplement, parce que la vie n’est pas une donnée objective pour tout le monde. Chacun.e a une vie à laquelle il/elle donne ou trouve du sens. Encore faut-il s’entendre sur la signification du mot « sens » : cause (pourquoi ?), direction (pour quoi ?), et si on le comprenait au pluriel, les sens ? Heureusement, si on ne la trouve pas, l’image de cet article nous donne la réponse que nous cherchons tous. Mais revenons à ces questions qui nous travaillent. J’en sélectionne 3 (c’est bien 3) :

  1. Qu’est-ce qui fait que je me lève le matin ?
  2. Qu’est-ce qui m’enthousiasme ? Qu’est-ce qui me met en colère ?
  3. Qu’est-ce que j’ai (vraiment) envie de faire pour changer le monde, ou au moins là où je suis ?

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Les fêtes de Noël sont passées. Je peux penser à mon Noël

DIACONAT. Il y a de ces périodes dans l’année où je suis sur tous les fronts en même temps. Les semaines qui précèdent Noël sont de ces moments intenses. Il s’agit d’être là, de donner de sa personne et de sa voix, de répondre aux sollicitations, au risque, sans doute, de se perdre soi-même. Mais, heureusement, ça ne dure qu’un temps.


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Comme bon nombre de mes collègues aumôniers certainement, j’arrive au terme du marathon des fêtes de Noël dans les institutions. Pour moi, cela a été dans des EMS pour personnes âgées. J’ai donné de ma personne, presque perdu ma voix, tout au long des cultes et célébrations œcuméniques (où on fait comme si on était déjà à Noël, mais pas encore. J’aime à rappeler que le temps de l’Avent, de l’attente, est important). On a célébré ensemble (voir cet article) pour affirmer que, malgré nos différences et les écueils qui nous séparent (si, si !), on annonce la même chose. On a chanté les classiques, accompagnés parfois de musiciens talentueux. Il y a eu les visites aux résidents, pour qui ce n’est pas toujours un temps de fête joyeux (il faut le dire !) Je pense encore aux repas et autres fêtes où il faut souvent adresser un message aux familles, aux proches, au personnel, à la direction (donc, trouver un thème et un langage politiquement correct). Je crois avoir comblé les attentes : on a remercié, M. le pasteur ou M. l’abbé, enfin c’est le même (!) On m’a donné un petit présent à déguster. J’ai remercié à mon tour. J’ai sans doute déçu certains, parce que je n’ai pas pu être là. Mais maintenant, je peux, enfin, penser à mon Noël à moi, rien qu’à moi ! Égoïstement… Enfin…
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Je m’voyais déjà…

20180630_195955DIACONAT. Mon vécu et mes expériences m’ont (dé)montré combien l’image de mon identité diaconale (du moins celle que je me projetais) est à géométrie variable. Mais là n’est pas l’essentiel. Il y a l’appel.


Je m’voyais déjà nourrissant (symboliquement) tous ceux vers qui l’Église (ou la paroisse) m’enverrait. Tous ceux qui n’attendaient que ma venue, parce que je suis diacre.

Et je l’ai fait avec joie (et ça continue). Les ai-je nourris, tous ces gens ? Je le crois. Mais plus sûrement, ce sont eux qui m’ont nourri. En particulier ceux et celles qui affirmaient haut et fort qu’ils n’étaient pas pratiquants.

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Mon instantané de diacre

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DIACONAT. À partir de mon vécu, ma réflexion personnelle autour de l’identité diaconale. Un partage pour tenter de faire avancer la cause dans nos institutions d’abord (illusoire sans doute) et surtout en-dehors (envisageable peut-être).


Partage d’un instantané vécu et maintes fois répété :

– Excusez-moi, c’est quoi votre métier ?
– Diacre.

Un ange, même plusieurs, passent.

– C’est quoi ?

L’ange, accompagné de ses acolytes, repasse dans l’autre sens.

Je tente d’expliquer :

– Je suis aumônier. Je travaille dans l’Église et dans les homes pour personnes âgées. Je célèbre des cultes, je fais des visites aux résidents.
– Ah… Comme un pasteur…
– Oui, mais non, en fait !

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