Alléluia ! (Mc 16, 1-8)

Des Rameaux à Pâques : épisode 8 et dernier

Vous le cherchez ?
Il n’est pas ici.

Je les ai aperçues ce matin-là. Elles étaient trois. J’ai reconnu Marie-Madeleine. Les deux autres, je ne sais pas, il faisait trop nuit encore. Alors, je les ai suivies. Je voulais savoir où allaient ces trois femmes, seules, si tôt le matin.

Elles montèrent la rue des échoppes, rasant les murs, pour ne pas être vues. Il me sembla qu’elles discutaient entre elles. Le vent me souffla alors une question :

– Qui nous roulera la pierre ?

Ainsi, elles allaient au tombeau, celui du crucifié. Je devinai qu’elles portaient dans leurs mains les aromates pour l’embaumement. Elles n’avaient pu le faire au moment de l’ensevelissement, le soleil, s’étant couché, laissa le temps comme suspendu. On ne travaille pas le jour du sabbat, c’est la Loi.

Nous sommes montés encore un peu. Elles devant, moi les suivant à distance sans me faire voir. Elles marchaient vite. À la porte de la grande Ville, j’aperçus à l’horizon les trois croix, tendant leurs bras. Elle se dressaient, nues et lamentables désormais. Elles rappelaient l’horreur d’il y a deux jours. Où étaient les autres corps, ceux des bandits ?

Nous avons encore marché.

Soudain, les femmes se sont arrêtées, interdites. Fixaient-elles les croix ? Non, elles regardaient ailleurs. De là où j’étais, caché derrière un bosquet, je ne parvenais pas à voir… Elles étaient figées, comme des statues de sel. Je m’avançai prudemment, sans faire de bruit. Et je découvris à mon tour que la pierre, cette énorme pierre, celle du tombeau, avait été déplacée. Elle laissait le passage à l’intérieur. Ils ont dû être nombreux ceux qui l’avaient poussée !

Quel sacrilège ! Ouvrir un tombeau… C’est s’attirer la malédiction ! On ne doit pas aller dans le monde des morts…

Les femmes étaient là dans le jardin. Marie-Madeleine s’avança la première, pas à pas. Les deux autres la suivaient de près, se serrant l’une contre l’autre, malgré la peur qui semblait les habiter. Elles s’approchaient du tombeau ouvert. J’essayais de voir… Moi, j’étais pétrifié, incapable du moindre mouvement. Je craignais qu’il m’arrivât malheur !

Elles étaient tout près de l’ouverture béante du tombeau. Elles se penchaient. La mort allait-elle les avaler elles aussi ? Le vent, une fois encore, porta à mes oreilles une voix, celle d’un homme, je crois. Je ne comprenais rien, des mots étranges. C’était peut-être le jardinier qui était venu constater, lui aussi, les faits pour les rapporter à… Aux officiers romains ? Aux scribes ? Je n’en savais rien… Ce n’était pas mon affaire !

Je ne voulais pas être mêlé à cet enlèvement, car c’en était un ! Des étrangers étaient venus pendant la nuit et avaient déplacé le corps. Je ne voyais que cette explication. Réunissant toutes mes forces, je décidai de m’enfuir quand j’entendis du bruit. Les trois femmes passèrent juste à côté de moi. Je n’eus que le temps de me coucher derrière le petit groupe d’arbres. Elles tremblaient de tous leurs membres. Elles avaient les mains vides. Qu’avaient-elles fait des aromates ? Pourquoi partaient-elles si vite ?

Je rentrai à la maison, laissant les événements du matin bouillonner dans ma tête. Que de mystères ! Je me souviendrai longtemps de cette pâque ! Quelle histoire !

Plus tard dans la journée, alors que le soleil était haut dans le ciel, j’entendis une voix un peu étouffée, comme de celles qui disent un secret. Elle ne venait pas du dehors, mais du dedans, de mes profondeurs à moi :

– Il est ressuscité ! Il a été relevé d’entre les morts ! Entends-tu ?

Je laissai ces mots emplir tout mon être. Et sans que je le veuille, un cri sortit de ma bouche :

– Alléluia !

 

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La pierre est roulée (Mc 15, 42-47)

Des Rameaux à Pâques : épisode 7

Silence.

La Croix se dresse nue, tendue vers le ciel.

Le tombeau est fermé, la pierre est roulée.

Tout est accompli. Tout est dit

… !

Laisse-le partir (Mc 15, 25-41)

Des Rameaux à Pâques : épisode 6

Mon Dieu, mon Dieu
Pourquoi l’as-tu abandonné ?

C’est dur pour une mère de laisser partir son fils. Je sais de quoi je parle. Un jour, il y a un peu plus de trois ans, il nous a annoncé qu’il quittait la maison, qu’il nous aimait, mais que son Père l’appelait ailleurs. Joseph, mon époux, n’a pas compris. Moi, j’ai deviné. Une mère comprend ces choses-là.

Je me souviens comme si c’était hier de cette annonce que j’ai reçue un jour, alors que j’étais jeune encore. Je ne pensais pas à me marier, encore moins à avoir un enfant… Du moins pas si tôt. Et le messager m’a dit que j’avais été choisie, alors j’ai obéit.

Je me souviens de Bethléem en Judée, de l’auberge puante, de la mangeoire en guise de berceau. Je vois encore tous ces visiteurs venus de loin, bergers et mages, s’agenouillant devant mon fils.

Il y a eu aussi des heures difficiles, comme la fuite pour échapper à la folle décision d’un roi qui, par peur, voulait exterminer tous les garçons. Le retour dans un pays qui nous paraissait étranger. L’établissement à Nazareth. Continuer la lecture de Laisse-le partir (Mc 15, 25-41)

Jeux de mains (Mc 14, 17-26)

Des Rameaux à Pâques : épisode 5

Une main qui livre.
Une main qui délivre.

Les festivités de la pâque ont commencé. Le Maître nous a demandé de trouver un lieu pour manger le repas du  mémorial de la libération de notre esclavage. Il savait d’avance où nous irions et nous a donné un signe : un porteur d’eau. Nous l’avons trouvé et suivi jusque chez lui. Son propriétaire a mis à notre disposition une chambre à l’étage supérieur, sans poser de question. Nous avons tout préparé pour le repas, après le coucher du soleil.

Le jour a laissé place à la nuit. Je suis allongé, avec mes compagnons autour de la table garnie. Nous formons une belle équipe, nous les Douze. Rien ne pourra nous séparer, nous en sommes convaincus… Jusqu’à ce que le Maître annonce que l’un de nous le livrera aux mains du pouvoir romain. Qui ? Nous nous regardons. Nous nous épions. Continuer la lecture de Jeux de mains (Mc 14, 17-26)

Un parfum de scandale (Mc 14, 3-9)

Des Rameaux à Pâques : épisode 4

Un flacon d’albâtre
Un parfum de nard

Je n’ai pas pour habitude de manger dans la maison d’un impur. D’ailleurs, la Loi de notre Père Moshe nous interdit tout contact avec eux ! Mais, Simon de Béthanie, dit « le Lépreux » a tant insisté. Et surtout, il a invité le Prophète de Nazareth. Il devient encombrant, celui-là. Il faut le garder à l’œil. Il sait convaincre, la foule l’écoute et prend au sérieux ce qu’il dit. Il nous fait passer pour des hypocrites, des aveugles, une « engeance de vipères », nous les gardiens de la Tradition de notre Père Moshe et du Temple, Maison de Yahvé ! Il nous faut le faire taire, mais la pâque approche et nous devons éviter tout scandale. Nous nous retrouverons tout bientôt et imaginerons un stratagème. J’ai entendu qu’un de ses compagnons pourrait nous y aider.

Pour l’instant, je prends place, à l’écart de notre hôte. La pièce est remplie des odeurs de la table bien garnie : de la viande, des herbes, les pains sans levain et le vin, délicieux nectar. C’est la pâque avant la pâque ! Il n’y a pas à dire, Simon sait recevoir.

– Qui est cette femme qui vient d’entrer ? Tu la connais ? Moi pas.

– Aucune idée me répond mon voisin de table. Jamais vue. Mais regarde-la. Elle doit bien porter quelques péchés, non ? T’as vu son allure… On dirait une prostituée… Une pique-assiette à tous les coup !

Nous rions alors bruyamment de cette plaisanterie. Tous les regards se tournent vers nous en guise de reproche. Nous piquons du nez dans notre plat, nous lançant un clin d’œil complice.

Un bruit nous fige tous : la femme vient de briser le flacon qu’elle portait. Je ne l’avais même pas remarqué. Mes yeux s’étaient arrêtés sur ses cheveux noirs bouclés, sur ses épaules et sa gorge dénudées… Un parfum entêtant vient envahir toute la pièce, masquant les effluves du repas : du nard…

Quel toupet ! Et « le Lépreux » qui ne dit rien, le Prophète pas plus ! Je vais la mettre à la porte…. Cette importune. Qu’elle nous laisse manger en paix !

Mon voisin me retient en me serrant le bras. Il me fait mal.

– Regarde. Mais regarde ce qu’elle ose faire devant tout le monde !

Je ne peux pas le croire : la femme verse le contenu du flacon sur la tête du Prophète, qui se laisse faire. Elle pleure… L’épais liquide, couleur d’ambre, coule lentement le long de des cheveux du Nazaréen, couvre sa nuque, son cou, ses épaules. Il ne réagit pas. Moi, à sa place, je l’aurais giflée, cette pécheresse ! Gaspiller ainsi tout cet argent ! On aurait pu en aider, des pauvres avec le produit de la vente de ce flacon. Maintenant, tout est gâché !

Le Prophète se lève. Il va parler. Il va la remettre à sa place !

– Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi…

Je m’étrangle, je n’en reviens pas. Il lui donne raison ! Je n’écoute même plus…. L’odeur du parfum me monte à la tête, je suis sur le point de m’évanouir. Je n’ai plus faim. Je sors et respire à pleins poumons l’air frais de ce soir de printemps.

C’est décidé ! Nous devons agir et sans attendre. Le Prophète devient un danger incontrôlable…

Il ne manquerait plus qu’on apprenne ce que cette femme a fait….

 

Une petite misère (Mc 12, 41-44)

Des Rameaux à Pâques : épisode 3

Deux piécettes…!

Elles sont là, au creux de ma main. Oh, je ne vais pas les lâcher ! J’ai trop peur de les perdre. C’est toute ma fortune… Tout ce qui me reste ! Moi, la pauvre d’entre pauvres qui ai tout perdu : mon époux qui est mort trop tôt et nous n’avons pas eu d’enfants. Mon seul soutien n’est plus et je dois faire sans maintenant. Je suis comme Rachel qui pleure et ne veut pas être consolée. Car moi, qui me consolerait ?

Elles sont là. Je sens le bronze qui se réchauffe peu à peu dans ma paume. Je les garde, je les cache contre mon ventre bien trop sec pour porter la vie. J’ai peur qu’on me les vole. Vous savez, il n’y a pas que de bonnes gens au Temple.

Deux pièces, voilà tout ce que j’ai. Deux misérables pièces que je viens verser au Trésor de la Maison du Seigneur. C’est là mon seul et unique sacrifice. Pas assez pour acheter un pigeon, même un peu déplumé. Je ne peux donner que ces deux pièces, ensuite, je n’aurai plus rien.

Que Yahvé pardonne mon indigence ! Qu’Il veuille recevoir cette offrande comme celle de tout mon être. Ce ne sont que deux pièces sans importance, insignifiantes par rapport à ce que mettent les riches. Regardez-les : ils fanfaronnent ! Ils montrent à tous qu’ils ont de l’argent, qu’ils peuvent donner sans compter, eux ! Ce qu’ils laissent tomber dans le Trésor ne leur coûte pas grand-chose, ou si peu. Ils descendront les marches et ne se souviendront même pas de ce qu’ils n’ont plus. Alors que moi…

Alors que moi, en descendant ces marches, je porterai ce vide si lourd. Je retournerai chez moi les mains vides désormais. Je ne pourrai compter que sur la générosité de mes voisines, de braves servantes de Yahvé qui me donneront de quoi ne pas mourir de faim. Pour le reste…

J’ai honte… Honte de ce que je suis devenue. Honte de ce peu que je tiens dans ma main. Honte de ce qui me traverse l’esprit : je pourrais le garder pour tenir un jour ou deux. Oui, je devrais bien le garder… J’en ai tant besoin !

Qu’il est loin le temps d’Élie le Prophète et la légende de la veuve de Sarepta, qui voyait sa cruche d’huile et son pot de farine toujours pleins. Ces histoires, ça n’arrive qu’aux autres !

Non, il me faut le donner, moi qui ne peux rien donner d’autre à Yahvé. Qu’il me pardonne !

Oh, pourvu qu’on ne me voie pas. D’ailleurs, qui regarderait une vieille femme au visage ridé, au dos courbé, à la robe trouée ? Qui la remarquerait au milieu de ces grands qui font briller leur or et leur argent ? Si je fais bien attention, je pourrais jeter mes pièces derrière ceux qu’on admire. Je m’approcherais du manteau soyeux et brillant de ce riche négociant. J’aurais bien envie de toucher cette étoffe de mes doigts déformés, mais je ne m’y risquerais pas. Et je jetterais mon trésor, sans même lever les yeux et je m’en irais par derrière. Ainsi, personne ne me verrait. Oui, c’est cela. Il ne faut pas qu’on me voie…

Seigneur, Yahvé. Pardonne mon indignité !
Me pardonneras-tu un jour ?

 

Fiasco ! (Mc 11, 15-18)

Des Rameaux à Pâques : épisode 2

Maison de mon Père !
Repaire de voleurs ?

La journée a bien commencé. Les pèlerins montent au Temple. Les uns y viennent pour la première fois, les autres par devoir, pour se mettre en ordre avec la Loi. Ils sont fidèles aux préceptes du Patriarche, Moshe. Il y a, par exemple, ces jeunes couples qui m’achètent deux tourterelles en guise de sacrifice, parce qu’ils ont eu leur premier enfant.

– Venez par ici, achetez mes pigeons ! Ils sont beaux, sans défaut !

– Arrête ton char ! Ils ne sont pas plus purs que mes tourterelles ! me lance un concurrent de l’autre côté du parvis.

On ne se fait pas de cadeau ! Mes compagnons crient tout aussi fort pour attirer le chaland. Chacun y va de ses arguments. On n’est pas là pour faire de la figuration ! La pâque, c’est l’événement à ne pas manquer ! Continuer la lecture de Fiasco ! (Mc 11, 15-18)