T’es bon !

RÉFLEXION. C’est marrant ! Cette expression « T’es bon » au masculin met en avant les compétences, les talents, les savoirs. Au féminin, elle devient vulgaire, dégradante et sexiste ! C’est marrant ! En fait, non, pas du tout !!


Une découverte renversante

Il y a quelques jours, j’ai découvert le court-métrage MAJORITÉ OPPRIMÉE d’Éléonore Pourriat (2010). Dix minutes qui claquent comme une gifle ! La réalisatrice aborde le thème du harcèlement et de la violence faite à une moitié de l’humanité en prenant le contrepied : dans une société régie par les femmes, Pierre devient victime de propos sexistes et d’une agression à caractère sexuel. On lui dit même que c’est de sa faute ! C’est violent, c’est cru !

Ma première réaction a été : « C’est quoi ce truc, c’est drôle ?! », sauf que ça n’a pas été drôle longtemps ! Ce film m’a mis mal à l’aise : pourquoi ce qui choque dans la fiction paraît « normal » ou passe inaperçu dans la vraie vie ? Ce film me questionne sur mon rapport aux femmes, la mienne et les autres. Et si j’étais témoin, un jour, d’une scène dérangeante ou de propos violents, de non-respect, aurais-je le cran de réagir, d’élever la voix, de me lever et de mobiliser d’autres ? Euh…

À partager… Et pourtant

Ce court-métrage, un peu tombé dans l’oubli depuis sa réalisation dans le monde francophone, est revenu sur le devant de la scène, les phénomènes #metoo et #balancetonporc ne sont sans doute pas étrangers. Ce film mérite certainement d’être diffusé largement. Et pourtant, le plus vaste réseau social ne le permet pas, parce qu’il contrevient aux standards. Il semblerait, mais je ne l’ai pas expérimenté moi-même, que la tentative de partage bloque son compte. D’un autre côté, je ne dénombre plus les vidéos, blagues et caricatures sexistes qui inondent ce même réseau social sans aucune retenue. Et on « like », on commente, on partage à tout va… !

Point besoin d’en dire plus

En 2010, Éléonore Pourriat frappe les consciences. Elle remet ça, en 2018, avec le film « Je ne suis pas un homme facile », inspiré de son court-métrage. L’année suivante (fin 2011), l’écrivain Stéphane Hessel laissait un cri à ses lecteurs : « Indignez-vous ! ».

Majorité opprimée, en dix minutes à peine, réveille ma conscience, tout comme Indignez-vous ! en quelque vingt pages. Il n’y a pas besoin de s’étaler. Tout est dit ! Choc des images. Choc des mots.

Il n’est point besoin d’en dire plus. J’emprunte à Stéphane Hessel cette citation en guise de conclusion :

Aussi, appelons-nous toujours à « une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. »

(Indignez-vous, p. 18).

 

Choisir les bons mots

Textes du jour : 1 Rois 19, 11-12 | Matthieu 28, 1-8
« Allez vite dire à ses disciples qu’il s’est réveillé d’entre les morts. »

Ce n’est pas évident de dire la résurrection, pas plus d’ailleurs que de dire Dieu, si tant est qu’on puisse le dire. Alors, on tâtonne avec nos mots, parfois maladroits, souvent imprécis. Parce que, évidemment, Dieu et la résurrection de son Fils s’expriment d’abord dans notre cœur et avec les mots de la foi, soufflés par l’Esprit-Saint.

Élie le prophète sur la montagne a vécu quelque chose de la présence de Dieu que les mots peinent à rendre compte. La plupart des traductions s’accordent sur le vent fort, le tremblement de terre, le feu, mais elles prennent des libertés pour dire la présence du Seigneur dans la voix d’un fin silence, un doux murmure, un léger souffle… On voit bien que les rédacteurs ont eu de la difficulté à saisir cette présence. Cependant, on peut y déceler une présence subtile et insaisissable qui ne s’impose pas à nos yeux ou à nos oreilles, mais parle intimement à notre cœur.

On retrouve le tremblement de terre dans le récit de Matthieu qui tente de représenter l’ouverture du tombeau. Il est d’ailleurs le seul des quatre évangélistes à décrire cette scène sur un ton grandiose et spectaculaire. On comprend dès lors la crainte des femmes. Celles-ci reçoivent la mission d’aller annoncer que le crucifié s’est réveillé, s’est relevé d’entre les mort, est ressuscité. Toutes ces nuances pour annoncer une même nouvelle : il n’est plus au tombeau ! Il est vivant. Il est ailleurs, en Galilée.

Ce n’est pas évident de dire la résurrection à une époque où on croit davantage à la réincarnation et à la communication possible avec les esprits des défunts. Mais, nous avons à être, nous aussi et nous ici, les messagers de cette bonne nouvelle de Pâques, avec des mots choisis, non par crainte qu’ils puissent choquer, mais pour qu’ils soient audibles par nos contemporains. Et c’est un vrai défi, pas toujours facile à relever.

Une piste que j’entrevois entre la montagne d’Élie et le tombeau de Jérusalem, c’est la voix qui parle. Une voix à découvrir au milieu du brouhaha ambiant, une voix qui se fait si discrète qu’elle pourrait devenir silence. Oui, le silence ! Pas juste se taire, mais écouter cette voix de fin silence qui dit que le Vivant n’est plus dans le tombeau, qu’il s’est réveillé et qu’il nous appelle, nous aussi, à nous réveiller. Éveillés et en marche pour annoncer que Dieu n’est pas dans les catastrophes qui assaillent le monde, mais dans tous ces signes d’espoir, parfois ténus, dans tous ces gestes de fraternité et d’amitié, souvent passés inaperçus, dans tous ces éclats de lumière inattendus. Dans tout ce qui est Vie !

Choisir les bons mots au souffle de l’Esprit qui est déjà à l’œuvre dans nos cœurs pour dire l’espérance malgré tout. Il est vivant. Alléluia !

Comme un souffle fragile,
ta parole se donne.

 

Alléluia ! (Mc 16, 1-8)

Des Rameaux à Pâques : épisode 8 et dernier

Vous le cherchez ?
Il n’est pas ici.

Je les ai aperçues ce matin-là. Elles étaient trois. J’ai reconnu Marie-Madeleine. Les deux autres, je ne sais pas, il faisait trop nuit encore. Alors, je les ai suivies. Je voulais savoir où allaient ces trois femmes, seules, si tôt le matin.

Elles montèrent la rue des échoppes, rasant les murs, pour ne pas être vues. Il me sembla qu’elles discutaient entre elles. Le vent me souffla alors une question :

– Qui nous roulera la pierre ?

Ainsi, elles allaient au tombeau, celui du crucifié. Je devinai qu’elles portaient dans leurs mains les aromates pour l’embaumement. Elles n’avaient pu le faire au moment de l’ensevelissement, le soleil, s’étant couché, laissa le temps comme suspendu. On ne travaille pas le jour du sabbat, c’est la Loi.

Nous sommes montés encore un peu. Elles devant, moi les suivant à distance sans me faire voir. Elles marchaient vite. À la porte de la grande Ville, j’aperçus à l’horizon les trois croix, tendant leurs bras. Elle se dressaient, nues et lamentables désormais. Elles rappelaient l’horreur d’il y a deux jours. Où étaient les autres corps, ceux des bandits ?

Nous avons encore marché.

Soudain, les femmes se sont arrêtées, interdites. Fixaient-elles les croix ? Non, elles regardaient ailleurs. De là où j’étais, caché derrière un bosquet, je ne parvenais pas à voir… Elles étaient figées, comme des statues de sel. Je m’avançai prudemment, sans faire de bruit. Et je découvris à mon tour que la pierre, cette énorme pierre, celle du tombeau, avait été déplacée. Elle laissait le passage à l’intérieur. Ils ont dû être nombreux ceux qui l’avaient poussée !

Quel sacrilège ! Ouvrir un tombeau… C’est s’attirer la malédiction ! On ne doit pas aller dans le monde des morts…

Les femmes étaient là dans le jardin. Marie-Madeleine s’avança la première, pas à pas. Les deux autres la suivaient de près, se serrant l’une contre l’autre, malgré la peur qui semblait les habiter. Elles s’approchaient du tombeau ouvert. J’essayais de voir… Moi, j’étais pétrifié, incapable du moindre mouvement. Je craignais qu’il m’arrivât malheur !

Elles étaient tout près de l’ouverture béante du tombeau. Elles se penchaient. La mort allait-elle les avaler elles aussi ? Le vent, une fois encore, porta à mes oreilles une voix, celle d’un homme, je crois. Je ne comprenais rien, des mots étranges. C’était peut-être le jardinier qui était venu constater, lui aussi, les faits pour les rapporter à… Aux officiers romains ? Aux scribes ? Je n’en savais rien… Ce n’était pas mon affaire !

Je ne voulais pas être mêlé à cet enlèvement, car c’en était un ! Des étrangers étaient venus pendant la nuit et avaient déplacé le corps. Je ne voyais que cette explication. Réunissant toutes mes forces, je décidai de m’enfuir quand j’entendis du bruit. Les trois femmes passèrent juste à côté de moi. Je n’eus que le temps de me coucher derrière le petit groupe d’arbres. Elles tremblaient de tous leurs membres. Elles avaient les mains vides. Qu’avaient-elles fait des aromates ? Pourquoi partaient-elles si vite ?

Je rentrai à la maison, laissant les événements du matin bouillonner dans ma tête. Que de mystères ! Je me souviendrai longtemps de cette pâque ! Quelle histoire !

Plus tard dans la journée, alors que le soleil était haut dans le ciel, j’entendis une voix un peu étouffée, comme de celles qui disent un secret. Elle ne venait pas du dehors, mais du dedans, de mes profondeurs à moi :

– Il est ressuscité ! Il a été relevé d’entre les morts ! Entends-tu ?

Je laissai ces mots emplir tout mon être. Et sans que je le veuille, un cri sortit de ma bouche :

– Alléluia !