Tu n’es pas loin

Texte du jour : Évangile de Marc 12, 28-34
« Quel est le premier des commandements ? » (texte intégral à la fin)

Une loi, quelle qu’elle soit, est composée d’articles. D’ailleurs, nous connaissons en Suisse le Code civil, le Code des obligations, le Code pénal et j’en passe. Il s’agit d’une vaste littérature. Et qui est capable de réciter tous leurs articles ou, au moins, de prétendre les connaître tous ? Personne, je crois.

La loi de Dieu que Moïse a transmise au peuple d’Israël comptait, pour sa part, 613 commandements, dont 365 interdictions. Est-ce que tous se valaient ? Y avait-il une hiérarchie entre eux ? Y avait-il des commandements prioritaires et d’autres secondaires ? Il semble que tous aient à peu près une même importance. Cependant, certains, à l’image du scribe qui s’adresse à Jésus, cherchaient à mettre un peu d’ordre dans tous ces commandements : quel est le premier de tous ?

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Ce que je veux, comme je veux !

Textes du jour : Hébreux 4, 12-13 | Matthieu 13, 10-17
Ils regardent sans voir et qu’ils écoutent sans entendre et sans comprendre.

Le théologien suisse Karl Barth affirmait qu’il faut prêcher avec la Bible dans une main et le journal dans l’autre. Il s’agit donc de mettre en dialogue l’actualité d’aujourd’hui avec la Parole de Dieu qui traverse l’histoire et qui garde toute son actualité.

Cet été, il y a eu une nouvelle qui m’a interpellé : des touristes étrangers séjournant en Provence ont exigé du maire d’un village d’employer des pesticides pour éliminer les cigales trop bruyantes à leur goût ! Fort heureusement, le maire a refusé catégoriquement, fier de ces insectes (voir ici).

Aujourd’hui, on veut bien la Provence, mais sans le chant des cigales. On veut bien des vaches, mais sans les cornes ni les excréments qui vont avec. On veut bien des clochers, mais pourvu qu’ils restent silencieux. Finalement, c’est à chacun de décider ce qu’il veut et comme il le veut.

Cela m’a fait penser à notre relation à Dieu, à la lecture que nous faisons de sa Parole, au contenu de nos prières et de mes prédications. N’avons-nous parfois une fâcheuse tendance à retenir ce qui nous conforte dans nos convictions, ce qui nous rassure, ce qui confirme qu’on a raison de croire ce qu’on croit et à rester sourd à ce qui est plus dérangeant ? Je n’ai pas de réponse tranchée… Peut-être devrais-je, au fait !
Prenez, par exemple, le message de Jésus : on retient l’amour de Dieu pour tous sans distinction et par grâce. Mais on oublie un peu vite l’exigence liée à cet amour : « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait » (Matthieu 5, 48) ou encore « Aimez-vous les uns les autres… Comme je vous ai aimés » (Jean 13, 34) dit Jésus. À y regarder de plus près, on est loin d’un « amour à l’eau de rose », gentillet. Nous avons à imiter le Christ, dans sa perfection et dans son amour. Tout un programme…

Impossible ! Direz-vous. Et vous aurez raison ! Parce que cette exigence dépasse nos forces. Mais, avec l’Esprit de Dieu, cela devient possible.
Nous sommes heureux si nous entendons, si nous voyons et si nous mettons en pratique cette parole de Dieu. Le langage des paraboles se lit à plusieurs niveaux : ce peut être une histoire de la vie quotidienne, un peu particulière. Ce peut être une image pour un enseignement de sagesse. Ce peut être un message qui nous est directement adressé à nous, croyants d’aujourd’hui. Et on peut choisir d’en rester à la surface des choses. Vous savez : « un semeur sortit pour semer… » Mais, il y a plus, beaucoup plus !
La parole de Dieu est là pour nous pénétrer jusqu’à la moelle, pour nous façonner et nous transformer et pour séparer ce qu’il y a en nous de bon et de lumineux de ce qu’il y a de mauvais et de sombre. C’est au-delà de nos forces, mais c’est l’œuvre de Dieu au travers de sa Parole.

Faire table rase !

Textes du jour : Évangile de Jean 2, 13-22 | 1 Corinthiens 6, 19
Ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint-Esprit ?

Imaginez, ne serait-ce qu’un instant, le désordre, le bazar, le souk qui devait régner dans le Temple de Jérusalem après que Jésus a passé sa colère sur ces marchands. Ce jour-là, c’est sûr, ils n’ont pas fait de bonnes affaires !

Le « coup de sang » de Jésus est compréhensible : le Temple est le lieu de la présence réelle de Dieu au milieu de son peuple, sa maison. Un lieu saint à respecter. L’amour « brûlant » qui unit Jésus à son Père, son zèle le fait bondir en voyant ce qu’est devenue cette maison. En vendant des animaux et en changeant la monnaie romaine, les marchands permettent aux pèlerins d’accomplir les sacrifices rituels, et en ce sens leur présence est légitime, mais ils ont sans doute trouvé là une aubaine pour s’enrichir, pour faire du commerce et, semble-t-il, ils ne s’en cachent pas. Ce n’est pas le lieu !

Jésus se fait alors remarquer. Il trouble l’ordre public et devient cause de scandale. « Au nom de qui ? » se demande-t-on. On lui demande des comptes, un signe. Comme si tout cela ne suffisait pas !

À la question des chefs religieux, Jésus répond en donnant un poids et un sens nouveau au Temple. S’il y a l’édifice dont la construction a duré presque deux générations, il y a dorénavant un autre temple, tout aussi sacré, plus encore sans doute, le lieu de la présence vivante de Dieu : son propre corps. Il est, lui Jésus, le « nouveau » Temple. Lui… Et nous aussi aujourd’hui, à sa suite.

Plus tard, l’apôtre Paul dira que le corps est le temple du Saint-Esprit. Ainsi, le lieu de rencontre avec Dieu n’est plus ici ou là, à Jérusalem ou au temple de notre ville ou village, même si ce sont des lieux importants de la vie communautaire, mais d’abord en nous dans notre corps.

En y pensant, Jésus et Paul auraient pu dire « cœur » au lieu de « corps ». Je crois que ce n’est pas un hasard. Notre être tout entier, y compris dans sa « mécanique » est temple de Dieu. Il s’agit ainsi de découvrir ce feu de Dieu dans nos émotions, nos pensées et sentiments, certes, mais aussi dans nos frissons, nos gestes, notre respiration. Souvenons-nous au passage que si l’humain est tiré de la poussière de la terre, Dieu souffle en ses narines, son souffle de Vie. Découvrir ce feu de Dieu aussi dans nos douleurs et nos souffrances aussi (si, si !) Attention, cependant, à ne pas tomber dans un dolorisme suspect qui ferait penser qu’il faut souffrir pour plaire à Dieu, mais Dieu a souffert, voyant son propre Fils sur la Croix et il nous rejoint dans nos souffrances et nous donner les forces pour les traverser, mettre sur notre chemin des hommes des femmes pour nous aider ou nous soigner.

Et c’est bien devant la Croix que les paroles de Jésus s’éclaireront et prendront tout leur sens et tout leur poids : un temps nouveau a commencé, celui de sa vie offerte à tous dans une relation intime, corporelle, incarnée (c’est le mot !) avec Dieu.

Dieu nous veut vivants, car il est le Dieu vivant, celui de la Vie, dans tous les sens du terme : physiquement, psychiquement, socialement et spirituellement. Et c’est dans cette relation pleine de vie, avec tout ce qu’elle est, que nous rencontrerons l’amour de Dieu. Un amour que rien ne peut rompre, que rien ne peut détruire.

Laisse-le partir (Mc 15, 25-41)

Des Rameaux à Pâques : épisode 6

Mon Dieu, mon Dieu
Pourquoi l’as-tu abandonné ?

C’est dur pour une mère de laisser partir son fils. Je sais de quoi je parle. Un jour, il y a un peu plus de trois ans, il nous a annoncé qu’il quittait la maison, qu’il nous aimait, mais que son Père l’appelait ailleurs. Joseph, mon époux, n’a pas compris. Moi, j’ai deviné. Une mère comprend ces choses-là.

Je me souviens comme si c’était hier de cette annonce que j’ai reçue un jour, alors que j’étais jeune encore. Je ne pensais pas à me marier, encore moins à avoir un enfant… Du moins pas si tôt. Et le messager m’a dit que j’avais été choisie, alors j’ai obéit.

Je me souviens de Bethléem en Judée, de l’auberge puante, de la mangeoire en guise de berceau. Je vois encore tous ces visiteurs venus de loin, bergers et mages, s’agenouillant devant mon fils.

Il y a eu aussi des heures difficiles, comme la fuite pour échapper à la folle décision d’un roi qui, par peur, voulait exterminer tous les garçons. Le retour dans un pays qui nous paraissait étranger. L’établissement à Nazareth. Continuer la lecture de Laisse-le partir (Mc 15, 25-41)

Fiasco ! (Mc 11, 15-18)

Des Rameaux à Pâques : épisode 2

Maison de mon Père !
Repaire de voleurs ?

La journée a bien commencé. Les pèlerins montent au Temple. Les uns y viennent pour la première fois, les autres par devoir, pour se mettre en ordre avec la Loi. Ils sont fidèles aux préceptes du Patriarche, Moshe. Il y a, par exemple, ces jeunes couples qui m’achètent deux tourterelles en guise de sacrifice, parce qu’ils ont eu leur premier enfant.

– Venez par ici, achetez mes pigeons ! Ils sont beaux, sans défaut !

– Arrête ton char ! Ils ne sont pas plus purs que mes tourterelles ! me lance un concurrent de l’autre côté du parvis.

On ne se fait pas de cadeau ! Mes compagnons crient tout aussi fort pour attirer le chaland. Chacun y va de ses arguments. On n’est pas là pour faire de la figuration ! La pâque, c’est l’événement à ne pas manquer ! Continuer la lecture de Fiasco ! (Mc 11, 15-18)

Entrée dans la grande ville (Mc 11, 1-10)

Des Rameaux à Pâques : épisode 1

Hosanna !
Béni soit !

Une clameur emplit peu à peu la ville. Elle envahit les rues comme un torrent indomptable. Son écho résonne de façade en façade. On n’a jamais connu une telle agitation, sauf au jour de la pâque, mais nous n’y sommes pas encore. Que se passe-t-il ?

Je me lève de mon bureau et abandonne les calculs et autres rapports que je suis en train de compléter pour l’administration romaine ; les fonctionnaires sont tatillons sur les taxes que nous prélevons et que nous devons reverser à l’Empire. Je sors. La rue est déserte. Étrangement. D’ordinaire, elle grouille de monde autour des étals des marchands. Je descends. Mes pas claquent à leur tour sur les pavés de la route.  Les maisons se renvoient leur bruit qui se mêle à ce chant triomphal qu’on réserve au roi. J’aperçois alors une foule énorme aux portes de la Ville, celle des grands jours. Je m’approche, me mets sur la pointe des pieds, mais n’y vois rien. Alors, je joue des coudes et des épaules pour me frayer un passage. Je bouscule un vieillard qui manque de tomber, une femme portant un bébé. J’écrase un ou deux pieds au passage. Je m’en excuse. On ne me répond pas. On ne fait pas attention à moi. Moi le retardataire. Moi le dernier arrivé ! Tous les visages sont tournés dans la même direction.

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Entre deux mondes (Jn 11)

Textes du jour : Deutéronome 30, 15-16 et 19-20 | Jean 11, 17-26 et 37-44

Prédication prononcée au temple de Fenin (Val-de-Ruz, Suisse) le dimanche 18 mars 2018.

Nous voici, chers Amis, à la rencontre de deux mondes, avec l’Évangile de Jean ce matin. Tout d’abord, deux mondes séparés par la ligne du temps, celui de Jésus et le nôtre. Et il y a des ressemblances plus ou moins évidentes qui se sont adaptées avec la modernité. Ce jour-là, à Béthanie, on vient entourer de son amitié celles qui ont perdu leur frère. Aujourd’hui, la proximité est un peu différente, les visites ne sont plus la norme : on envoie une carte de sincères condoléances, ou un SMS, quelques mots pour dire aux familles endeuillées qu’on pense à elles. Les cérémonies se confinent de plus en plus à une intimité plus ou moins stricte et les cimetières d’aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec ceux du temps de Jésus. Mais quand même, on ne reste pas insensibles à la peine et au chagrin de nos amis, voisins, collègues ou paroissiens, de ceux qu’on ne connaît que de loin et qui sont confrontés à la perte d’un être cher. Un texte qui nous ramène à la finitude de l’existence.

Je me refuse à voir dans le choix de ce texte les seuls fruits d’une heureuse coïncidence. Si ce texte du chapitre 11 de l’Évangile de Jean nous est proposé aujourd’hui, 5e dimanche du temps de carême, ce n’est certainement pas un hasard. Il constitue le dernier signe de Jésus, avant sa passion. Ici, nous en avons entendu un extrait, car le retour à la vie de Lazare occupe la majeure partie de ce chapitre.

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