Les pieds sur terre, les yeux au ciel

MÉDITATION. À la veille de fêter l’Épiphanie, je suis sollicité pour célébrer une cérémonie d’adieux. On évoque la montagne. Il y a bien le psaume 121 « Je lève les yeux vers les montagnes… » Mais, il y en a une autre de montagne qui, soudain, fait écho à la venue des mages. Je m’y risque.


Textes du jour : Évangile de Matthieu 26, 16-20 |
Actes des Apôtres 1, 9-11

« Pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? » (textes intégraux à la fin)

Entre ciel et terre à l’Ascension : le nez dans les nuages

Il m’arrive de prendre un peu de hauteur, en me baladant du côté de La Petite-Joux (point de vue des photos), de Sommartel ou de La Tourne et de m’arrêter pour contempler le paysage, les montagnes surtout qui se découpent, par beau temps, sur un ciel azur. Je ressens alors quelque chose de plus grand que moi. Vous avez certainement, vous aussi, expérimenté ce sentiment, ici ou ailleurs : ce quelque chose de plus grand qui nous dépasse et que nous avons de la peine à nommer : la beauté, la grandeur, la force pour les uns. Dieu, le Maître, le Grand Architecte pour d’autres, le silence tout simplement quand les mots ne suffisent plus.

Et là, regardant les montagnes, je me sens dans un Entre-Deux : les pieds bien posés sur le sol, le regard et l’esprit tendus vers le ciel. Un peu à l’image des onze ce jour-là, sur la montagne où leur Maître les a quittés.

Les textes bibliques que nous venons d’entendre relatent l’Ascension du Christ. Ils nous font lever le regard vers le ciel dans l’attente de quelque chose, mais les messagers viennent rappeler aux disciples et aux foules et à nous qu’il faut retourner dans le quotidien de la vie : « Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » Il s’agit de poursuivre ce qui a été commencé. L’ascension inaugure le temps de l’Entre-Deux, dans l’attente de la venue de l’Esprit-Saint. Dans l’attente d’une rencontre promise. Une attente active où chacun est acteur et non seul spectateur.

Mais ce n’est pas vraiment de saison !

Entre ciel et terre à l’Épiphanie : le nez dans les étoiles

Revenons à aujourd’hui : nous sommes aussi dans un Entre-Deux : nous avons fêté la naissance du Fils de Dieu il y a quelques jours à Noël, et nous fêterons demain l’Épiphanie, où le Dieu du ciel se laisse voir dans l’enfant de la terre. Ces savants, mages venus d’Orient, se sont mis en route à la suite d’un quelque chose dans le ciel : une étoile, comme une présence de lumière dans la nuit du monde, dans la nuit de l’existence. Ils ont cru à la force d’une lueur et ils ont parcouru des chemins, traversé des vallées, escaladé des montagnes, pourquoi pas ?, pour aller là où l’étoile les conduisait, là où une rencontre les attendait. Parmi les présents qu’ils déposent devant l’enfant, il y a la myrrhe, utilisée à l’époque pour embaumer les corps. Par ce signe, il est rappelé que vie et mort sont les inséparables sœurs de l’existence humaine.

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Entre nuit et lumière : le nez au vent de la promesse

Entre Noël et l’Épiphanie, le temps invite à scruter la nuit pour y découvrir un signe de lumière et d’espoir. Entre l’Ascension et la Pentecôte, cet Entre-Deux invite à l’action, portée par une parole, mieux par une promesse, celle du Ressuscité : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ». Cette promesse qui a pris corps dans un nouveau-né au creux d’une mangeoire, qui nous accompagne de notre naissance à notre mort et qui nous ouvre à plus grand que soi, qui dit l’amour toujours.

Aujourd’hui, nous vivons de cette promesse de la présence du Christ ressuscité tous les jours, dans les moments joyeux de la vie comme dans les plus sombres. Dans les fêtes comme dans les deuils, dans la lumière comme dans la nuit, car il brille un quelque chose, parfois tellement discret qu’on peine à le remarquer, un signe qui dit simplement, tout simplement la présence d’un amour éternel.

Amen.

Matthieu 26, 16-20

Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus avait désignée.

Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais quelques-uns eurent des doutes ;

Jésus s’approcha et leur dit : Toute autorité m’a été donnée dans le ciel et sur la terre.

Allez, faites des gens de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit saint, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. Quant à moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

Livre des Actes des Apôtres 1, 9-11

Après ces mots, Jésus s’éleva vers le ciel pendant que tous le regardaient ; puis un nuage le cacha à leurs yeux.

Ils avaient encore les regards fixés vers le ciel où Jésus s’élevait, quand deux hommes habillés en blanc se trouvèrent tout à coup près d’eux et leur dirent : « Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus, qui vous a été enlevé pour aller au ciel, reviendra de la même manière que vous l’avez vu y partir. »

Dieu veilleur

Texte : Psaume 121
« Je lève mes yeux vers les montagnes. D’où me viendra le secours ?
Le secours me vient de l’Eternel qui a fait les cieux et la terre. »

Où puiser notre confiance quand le cours de la vie nous contraint à traverser une épreuve, comme l’est la séparation d’avec un être aimé ? Où trouver et retrouver les forces qui nous permettront de continuer malgré l’absence le chemin qui est le nôtre ?

Ces questions, je les ai déjà abordées avec des personnes ici ou là et les réponses sont aussi diverses que les convictions et les valeurs de chacun : la famille, les amis, l’occupation, le travail pour les uns, l’intériorité, la nature, Dieu pour les autres et j’en oublie certainement.

Le roi David, le poète, y répond sans détour : Le secours me vient de l’Eternel qui a fait les cieux et la terre. Devant la montagne, synonyme de dangers pour le voyageur d’alors (les brigandages y étaient fréquents, tout comme les éboulements), David puise sa force et sa confiance dans le Dieu de ses pères, dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, dans le Dieu des commencements, dans le Dieu de l’histoire, de notre histoire.

Il voit en son Sauveur un Dieu veilleur qui jamais ne s’assoupit ni ne l’oublie. Toute sa vie durant, de sa naissance à sa mort, David place sa foi et son espérance en ce Dieu gardien d’Israël, à l’image du berger du psaume 23.

Quand l’épreuve nous touche, on peut se demander, et c’est légitime, où est ce Dieu-gardien toujours veilleur ? Pourquoi cela nous arrive-t-il à nous, ainsi et maintenant, alors que Dieu est censé nous préserver de tout mal ?

Et pourtant, je crois que Dieu est bel et bien là, comme ultime rempart, comme ultime secours, comme ultime vis-à-vis. Quand tout semble nous échapper, il est là, fidèle et solide. A l’image de David, on peut croire à cette force qui nous dépasse, à ce Dieu veilleur. Mais c’est d’abord une affaire de foi intime et personnelle, que rien ne peut ni prouver ni contraindre.

Dieu a mille et un visages. Il se laisse deviner dans la beauté de la nature et la majesté d’une montagne. Il se laisse entrevoir dans la lumière d’un sourire et d’un regard. Il se laisse entendre dans le doux murmure d’une chanson et d’un mot d’amour.

Mais pour que nous puissions mettre un visage sur son nom, Dieu a pris les traits de Jésus de Nazareth. En lui, Dieu se fait homme pour vivre, lui aussi, lui surtout, notre vie, avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses peines. En Jésus, c’est Dieu qui visite et vit notre histoire, qui vient mettre un visage sur son amour, amour qui se donne sans compter jusqu’au bout de la vie, car Dieu est amour… et amour sans limite pour tous.

Dans les temps et contretemps de notre existence, Dieu est là, comme l’amour ultime, comme l’amour signe d’espérance, comme l’amour qui demeure à jamais.

Dieu veille ! Il est notre secours !