L’Esprit qui libère

Textes du jour : Esaïe 61, 1-2 | Jean 20, 19-23
« Il souffla sur eux et leur dit : ‘Recevez l’Esprit saint.' »

Si nous devions dessiner le temps qui passe, sans doute représenterions-nous une ligne, plus ou moins droite, avec un début lointain et une fin tout aussi lointaine. Et entre les deux, des événements qui succèdent les uns aux autres. Nous imaginons Vendredi-Saint, puis Pâques, puis la Pentecôte.

Mais notre représentation du temps est bouleversée par l’Évangile de Jean qui est le seul à faire coïncider la résurrection de Jésus, le don de l’Esprit et l’envoi en mission. L’un ne va pas sans l’autre. Luc mettra, lui, un espace de 50 jours pour que l’Esprit descende sur les disciples rassemblés. Je crois qu’il y a là un enseignement à retenir : Pâques, sans l’Esprit, n’est rien ! Juste un tombeau vide ! Un signe qui nous retiendrait encore prisonniers du passé et de la mort. Mais Dieu veut nous en libérer et nous ouvrir à un avenir et à la vie.

La nouvelle de Pâques est une libération. Elle est porteuse d’un espoir un peu fou aux yeux du monde : depuis ce matin-là, la mort n’est plus la fin ultime. Elle n’est plus synonyme de rupture définitive, mais passage, tout comme celui qui a entraîné les Hébreux, esclaves en Égypte, libres en Terre Promise. Nous devenons nous aussi des hommes et des femmes libres en route dans la vie donnée en plénitude, en relation avec le Dieu de la Vie. La vie éternelle commence déjà ici-bas.

L’aube de Pâques nous dit que la mort n’est pas plus puissante que le Dieu de la vie. Que le Ressuscité peut dépasser toutes les portes que nous verrouillons, derrière lesquelles nous nous enfermons par peur, pour nous rejoindre et nous donner sa paix, synonyme de joie profonde.

L’Esprit de Dieu est un esprit de libération et non de jugement. Il ne vient pas nous rappeler nos manquements et tout ce que nous aurions à faire pour les combler. Mais il appelle à être en paix avec soi, Dieu et les autres. La libération est aussi à comprendre comme la fin de tout ce qui nous sépare de l’amour de Dieu, de tout ce qui nous emprisonne dans nos craintes ou nos propres efforts à tenter de mériter un soupçon de grâce divine. Dieu nous la donne, sans compter, sa grâce. Recevons-la dans cette joie, comme les disciples ont reçu la paix. Libération et paix vont aussi de pair : libérés de tout ce qui m’entrave, je suis en paix, car je me sais accueilli par Dieu.

Je termine avec une image poétique : à Pâques, nous sommes au début d’une nouvelle page de l’histoire que Dieu tisse avec l’humanité. Une histoire qui s’écrit à l’encre de l’Esprit sur le rouleau de nos existences, peut-être bien avec une plume de la colombe, messagère de paix et de libération.

Saint-Esprit, visite-nous !

Choisir les bons mots

Textes du jour : 1 Rois 19, 11-12 | Matthieu 28, 1-8
« Allez vite dire à ses disciples qu’il s’est réveillé d’entre les morts. »

Ce n’est pas évident de dire la résurrection, pas plus d’ailleurs que de dire Dieu, si tant est qu’on puisse le dire. Alors, on tâtonne avec nos mots, parfois maladroits, souvent imprécis. Parce que, évidemment, Dieu et la résurrection de son Fils s’expriment d’abord dans notre cœur et avec les mots de la foi, soufflés par l’Esprit-Saint.

Élie le prophète sur la montagne a vécu quelque chose de la présence de Dieu que les mots peinent à rendre compte. La plupart des traductions s’accordent sur le vent fort, le tremblement de terre, le feu, mais elles prennent des libertés pour dire la présence du Seigneur dans la voix d’un fin silence, un doux murmure, un léger souffle… On voit bien que les rédacteurs ont eu de la difficulté à saisir cette présence. Cependant, on peut y déceler une présence subtile et insaisissable qui ne s’impose pas à nos yeux ou à nos oreilles, mais parle intimement à notre cœur.

On retrouve le tremblement de terre dans le récit de Matthieu qui tente de représenter l’ouverture du tombeau. Il est d’ailleurs le seul des quatre évangélistes à décrire cette scène sur un ton grandiose et spectaculaire. On comprend dès lors la crainte des femmes. Celles-ci reçoivent la mission d’aller annoncer que le crucifié s’est réveillé, s’est relevé d’entre les mort, est ressuscité. Toutes ces nuances pour annoncer une même nouvelle : il n’est plus au tombeau ! Il est vivant. Il est ailleurs, en Galilée.

Ce n’est pas évident de dire la résurrection à une époque où on croit davantage à la réincarnation et à la communication possible avec les esprits des défunts. Mais, nous avons à être, nous aussi et nous ici, les messagers de cette bonne nouvelle de Pâques, avec des mots choisis, non par crainte qu’ils puissent choquer, mais pour qu’ils soient audibles par nos contemporains. Et c’est un vrai défi, pas toujours facile à relever.

Une piste que j’entrevois entre la montagne d’Élie et le tombeau de Jérusalem, c’est la voix qui parle. Une voix à découvrir au milieu du brouhaha ambiant, une voix qui se fait si discrète qu’elle pourrait devenir silence. Oui, le silence ! Pas juste se taire, mais écouter cette voix de fin silence qui dit que le Vivant n’est plus dans le tombeau, qu’il s’est réveillé et qu’il nous appelle, nous aussi, à nous réveiller. Éveillés et en marche pour annoncer que Dieu n’est pas dans les catastrophes qui assaillent le monde, mais dans tous ces signes d’espoir, parfois ténus, dans tous ces gestes de fraternité et d’amitié, souvent passés inaperçus, dans tous ces éclats de lumière inattendus. Dans tout ce qui est Vie !

Choisir les bons mots au souffle de l’Esprit qui est déjà à l’œuvre dans nos cœurs pour dire l’espérance malgré tout. Il est vivant. Alléluia !

Comme un souffle fragile,
ta parole se donne.

 

Alléluia ! (Mc 16, 1-8)

Des Rameaux à Pâques : épisode 8 et dernier

Vous le cherchez ?
Il n’est pas ici.

Je les ai aperçues ce matin-là. Elles étaient trois. J’ai reconnu Marie-Madeleine. Les deux autres, je ne sais pas, il faisait trop nuit encore. Alors, je les ai suivies. Je voulais savoir où allaient ces trois femmes, seules, si tôt le matin.

Elles montèrent la rue des échoppes, rasant les murs, pour ne pas être vues. Il me sembla qu’elles discutaient entre elles. Le vent me souffla alors une question :

– Qui nous roulera la pierre ?

Ainsi, elles allaient au tombeau, celui du crucifié. Je devinai qu’elles portaient dans leurs mains les aromates pour l’embaumement. Elles n’avaient pu le faire au moment de l’ensevelissement, le soleil, s’étant couché, laissa le temps comme suspendu. On ne travaille pas le jour du sabbat, c’est la Loi.

Nous sommes montés encore un peu. Elles devant, moi les suivant à distance sans me faire voir. Elles marchaient vite. À la porte de la grande Ville, j’aperçus à l’horizon les trois croix, tendant leurs bras. Elle se dressaient, nues et lamentables désormais. Elles rappelaient l’horreur d’il y a deux jours. Où étaient les autres corps, ceux des bandits ?

Nous avons encore marché.

Soudain, les femmes se sont arrêtées, interdites. Fixaient-elles les croix ? Non, elles regardaient ailleurs. De là où j’étais, caché derrière un bosquet, je ne parvenais pas à voir… Elles étaient figées, comme des statues de sel. Je m’avançai prudemment, sans faire de bruit. Et je découvris à mon tour que la pierre, cette énorme pierre, celle du tombeau, avait été déplacée. Elle laissait le passage à l’intérieur. Ils ont dû être nombreux ceux qui l’avaient poussée !

Quel sacrilège ! Ouvrir un tombeau… C’est s’attirer la malédiction ! On ne doit pas aller dans le monde des morts…

Les femmes étaient là dans le jardin. Marie-Madeleine s’avança la première, pas à pas. Les deux autres la suivaient de près, se serrant l’une contre l’autre, malgré la peur qui semblait les habiter. Elles s’approchaient du tombeau ouvert. J’essayais de voir… Moi, j’étais pétrifié, incapable du moindre mouvement. Je craignais qu’il m’arrivât malheur !

Elles étaient tout près de l’ouverture béante du tombeau. Elles se penchaient. La mort allait-elle les avaler elles aussi ? Le vent, une fois encore, porta à mes oreilles une voix, celle d’un homme, je crois. Je ne comprenais rien, des mots étranges. C’était peut-être le jardinier qui était venu constater, lui aussi, les faits pour les rapporter à… Aux officiers romains ? Aux scribes ? Je n’en savais rien… Ce n’était pas mon affaire !

Je ne voulais pas être mêlé à cet enlèvement, car c’en était un ! Des étrangers étaient venus pendant la nuit et avaient déplacé le corps. Je ne voyais que cette explication. Réunissant toutes mes forces, je décidai de m’enfuir quand j’entendis du bruit. Les trois femmes passèrent juste à côté de moi. Je n’eus que le temps de me coucher derrière le petit groupe d’arbres. Elles tremblaient de tous leurs membres. Elles avaient les mains vides. Qu’avaient-elles fait des aromates ? Pourquoi partaient-elles si vite ?

Je rentrai à la maison, laissant les événements du matin bouillonner dans ma tête. Que de mystères ! Je me souviendrai longtemps de cette pâque ! Quelle histoire !

Plus tard dans la journée, alors que le soleil était haut dans le ciel, j’entendis une voix un peu étouffée, comme de celles qui disent un secret. Elle ne venait pas du dehors, mais du dedans, de mes profondeurs à moi :

– Il est ressuscité ! Il a été relevé d’entre les morts ! Entends-tu ?

Je laissai ces mots emplir tout mon être. Et sans que je le veuille, un cri sortit de ma bouche :

– Alléluia !

 

Voir les signes et croire

Textes : Evangile de Jean 20, 1-10
Alors l’autre disciple, qui était arrivé le premier au tombeau, entra aussi; il vit et il crut.

Des quatre Evangiles racontant la découverte du tombeau vide au matin de Pâques, c’est celui de Jean qui me parle le plus. Et paradoxalement, c’est celui qui en dit le moins. Il est le plus sobre : ici, pas de messagers resplendissants, pas de tremblement de terre, ni de bonne nouvelle, pas d’envoi à annoncer l’incroyable, pas de peur non plus. Rien que du solide et du bien concret !

Jean s’en tient à ce qui est visible et palpable, ce qui contraste avec le début de son Evangile : Au commencement était le Verbe… Ici, la pierre du tombeau roulée, les bandelettes, le linge et c’est tout. Il y a aussi toute la place laissée au questionnement : si le corps n’est plus là, c’est qu’on a enlevé le Seigneur. Pourquoi ? Pour le mettre où ? Où aller pour rendre les hommages dus à un mort ? Questions laissée sans réponse. Les disciples s’en retournent chez eux et après ? Que disent-ils de ce qu’ils ont vu ? Question laissée là aussi sans réponse.

Une femme, deux hommes, des indices. Tout le reste est suggéré par ce qui n’est pas dit. Et il y a finalement ces mots, ces cinq mots, un peu noyés dans le texte, passant presque inaperçus si on n’y fait pas attention et pourtant tellement essentiels, en parlant du disciples aimé : il vit et il crut. Mais que croit-il au fait ? Là, Jean évoque les Ecritures : il devait se relever d’entre les morts. C’est à nous lecteurs de nous laisser conduire par l’Esprit de vérité qui nous aide à lire ces Ecritures au-delà des mots.

Si j’aime à redécouvrir ce texte, et que je partage ces quelques réflexions, c’est parce qu’il fait écho à notre vie d’aujourd’hui. En effet, notre regard, celui des yeux, ne s’arrête-t-il pas d’abord aux indices concrets et visibles ? Ne cherchons-nous d’abord à expliquer, à comprendre, à valider ? Nous sommes alors comme Marie-Madeleine qui se demande où est son Seigneur, déduisant logiquement de ce que nous voyons : s’il n’est plus là, c’est qu’il est ailleurs.

Mais la foi, par le souffle de l’Esprit, nous fait voir avec les yeux du cœur, nous invitant à découvrir l’essentiel : il vit et il crut. Il vit que le Crucifié n’était plus au tombeau et il crut qu’il devait être vivant. Et qui d’autre que l’Esprit de Dieu pouvait-il souffler cette conclusion au disciple bien-aimé ? Qui d’autre que cet amour unissant le Maître à son disciple pouvait-il le convaincre qu’il était vivant ?

Saint-Exupéry l’a dit lui aussi avec ses mots : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux » (in Le Petit Prince). L’essentiel de notre foi, quel est-il ? Ecoutons l’apôtre Pierre (Actes des Apôtres 2, 24) :

Dieu a ressuscité son Fils,
car il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir. 

Le feu de la foi

20161231_205419Textes :

Evangile de Luc 24, 28-32 « N’y avait-il pas un feu qui brûlait au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et nous expliquait les écritures ? »

Apocalypse 3, 14-16 « Puisque tu es tiède -ni brûlant ni froid- je vais te vomir de ma bouche. »

Pâques ne laisse pas indifférent celui qui croit. C’est le fondement même de notre foi en Jésus-Christ, mort et ressuscité. Mais Pâques n’est pas une évidence. C’est une histoire de confiance. Et la vie, avec ses heurs et malheurs met à mal notre confiance, parfois bien chancelante.
Je dois dire que je me reconnais dans ces disciples en route vers Emmaüs, partageant leurs doutes, leur espoir déçu, leurs questions. A tel point, que eux comme moi, ne percevons plus toujours le compagnonnage de Jésus ressuscité. Il nous arrive d’oublier qu’il nous rejoint.
Les Ecritures sont là, évidemment. Elles me parlent de ces femmes d’abord puis de ces hommes qui ont entendu, qui ont vu et qui ont cru, qui ont annoncé à leurs amis l’incroyable nouvelle. Bien sûr, mais parfois, le feu de la foi peine à rester vivant. Je me reconnais dans ces deux disciples qui, après coup, se rendent compte que Jésus était là, avec eux, qu’il a partagé le pain du repas. Et que justement parce qu’il n’est plus là, sa présence n’en est que plus perceptible, comme ce feu qui brûle au-dedans d’eux, au-dedans de moi.
J’aime cette image du feu pour parler de la foi. Ce feu symbolisé par la bougie que nous allumons à chaque célébration pour dire la lumière et la présence de Jésus au milieu de nous. J’aime cette image, parce qu’une flamme vit, bascule au gré des courants d’air, peut parfois être près de s’éteindre et se redresse.
J’aime l’image du feu, car contrairement à l’eau, il n’est que chaleur. Il ne peut pas être tiède ou froid. Nous voici rejoints par cette parole de l’Apocalypse : Dieu n’aime pas les tièdes, au point de les vomir. Les mots sont forts, mais à la hauteur de ce que Dieu exige de nous : que nous brûlions d’un feu ardent pour lui et que nous le fassions rayonner tout autour de nous par notre présence, nos gestes et nos paroles.Dieu n’aime pas les tièdes, parce que lui n’est pas tiède. Lui le premier brûle d’un amour intense pour nous. J’ai envie de dire qu’en Jésus-Christ, il nous a déclaré sa flamme ! Comme l’amoureux à son amoureuse. C’est peut-être osé de le dire ainsi. Mais je crois à cet amour si fort.
Pâques est le feu de la foi qui est ravivé, afin que nous brûlions toujours et encore de cet amour que Dieu nous donne, un amour qui brûle mais ne détruit pas. Un amour qui réchauffe et éclaire, un amour qui nous conduit à annoncer cette bonne nouvelle qui brûle au-dedans de nous et nous fait vivre :

Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité!