Médithéo… Quoi ?

Ce blog s’est appelé MEDITHEOBLOG… C’est d’ailleurs encore son adresse actuelle. MEDITHEOBLOG ? Quel mot étrange ! C’est un mot inventé de toutes pièces pour essayer de dire la vocation de cet espace d’expression. Essayons de le décortiquer :

On y entend MÉDITATION, THÉOLOGIE et BLOG.
C’est un peu tout cela et sans doute bien plus encore.

C’est d’abord un espace de partage de considérations humaines (et un peu théologiques). C’est ensuite le blog d’un diacre réformé & connecté qui pense qu’il y a plus de bonheur à partager ses réflexions qu’à rester tout seul dans son coin et qui espère susciter le dialogue plutôt que le débat.

Aujourd’hui, si l’adresse reste inchangée, le titre est devenu : Penser une église au milieu du web. Prétentieux ? Sans doute. Ici, j’essaie d’exprimer quelque chose d’une pensée réformée sur le web.

Je m’exprime également sur mon autre blog :

jeanmarcleresche.ch

Au plaisir de vous retrouver ici ou ailleurs.

Fallait-il sauver Pâques ?

Lors d’une de ses nombreuses interviews au 19h30, la journaliste Jennifer Covo (ou était-ce sa collègue Fanny Zürcher ?) demanda au conseiller fédéral Alain Berset, si on allait pouvoir sauver Pâques en 2021. En réponse, le ministre invitait à faire preuve de créativité, imaginant des fêtes de famille à l’extérieur.

Pouvons-nous sauver Pâques ?

Comme si cela était de notre ressort et à notre portée… La question est mal formulée, car ce n’est pas nous qui sauverons Pâques, c’est Pâques qui nous sauve ! Et ce n’est pas un jour, un matin, dans l’histoire de l’humanité il y a longtemps, c’est chaque jour, à chaque aube que Pâques se rappelle à notre souvenir.

Coucher De Soleil, Lever Du Soleil
Aube nouvelle… Celle de Pâques

Devant le tombeau clos, la pierre roulée, l’impossibilité d’envisager un avenir possible, les témoins de la crucifixion avaient certainement compris que l’histoire s’arrêtait là. Et même s’ils avaient pu déplacer cette pierre… Et après ?

Non, rappelons-le sans cesse : Pâques est l’affaire de Dieu. C’est lui, et lui seul, qui peut nous sauver de nos résignations, de nos peurs. C’est lui qui peut ouvrir nos impasses vers un avenir toujours possible, même s’il nous semble inimaginable.

Disons-le autrement, avec les mots de l’écrivain

Si nous avons posé un point final à l’histoire, persuadés que tout est dit, Dieu, lui, le transforme en points de suspension, pour dire que l’histoire, celle dont chacun de nous est le héros, continue et est porteuse d’avenir.

Écrit, Écrire, Stylo Plume, Encre, Scribe
L’histoire n’est pas finie. Elle continue

Ce texte a paru sous la forme d’un Instantané dans le Courrier de La Neuveville, le 9 avril 2021.

Quelle est votre communauté ?

Depuis quelques jours, j’essaie de m’y retrouver dans la jungle des messageries, suite au changement des conditions de confidentialité de WhatsApp; changement qui prendra effet au 15 mai, sans grandes conséquences en Suisse, semble-t-il. En y réfléchissant, je me rends compte que ce qui fait que j’adhérerai à tel ou tel système de messagerie n’est pas si éloigné des arguments qui me font appartenir à telle ou telle communauté religieuse. Je partage ici quelques réflexions et similitudes.

L’historique SMS

Qui envoie encore des SMS aujourd’hui, à l’heure des échanges de photos, vidéos, et autres GIF ? Le principe du SMS est d’échanger des messages textes. C’est l’ancêtre des messageries instantanées actuelles. Il fait le job : il envoie et reçoit des messages-textes. Non, le SMS n’est pas mort !

Le SMS reste aussi utilisable sur de vieux modèles de téléphone, pas des smartphones. Car oui, il y a encore des téléphones qui servent juste à téléphoner. Souvent, l’option Message est méconnue, voire inconnue, des utilisateurs. Non, le SMS ne sert pas seulement à recevoir un code d’activation d’une appli !

Cela me fait penser aux Églises historiques, celles qui passent pour vieillottes, voire dépassées. On les a un peu oubliées. On s’en souvient quand on en a besoin. Elles sont aussi garantes de traditions, de dogmes, de manières d’être et de célébrer qui rassurent d’un côté : on sait à peu près d’où on vient, où on est et où on va. C’est vieux peut-être, méconnu sûrement, mais c’est rassurant aussi ! Mais de loin pas majoritaire.

À écouter : Les Eglises vont-elles dans le mur? – Radio – Play RTS

WhatsApp : j’y suis parce que tu y es

WhatsApp est un des systèmes les plus utilisés , enfin je crois. Ils permettent l’échange de photos, de vidéo, d’émojis et comportent beaucoup d’options. C’est aussi user-friendly, facile et intuitif (en bon français). WhatsApp a connu un grand succès, devenant un moyen de communication à la fois entre membres d’un cercle familial ou amical, mais un outil à l’échelle de l’entreprise et de paroisses, d’Églises.

Mais dépourvu de publicité, il n’est pas rentable aux yeux de son propriétaire Facebook.

Ainsi, on s’inscrit sur WhatsApp pour la simple est bonne raison que tout le monde y est. On est sûr de se retrouver, de pas être seul. On y est, sans trop se poser de questions.

Cela me fait penser à des communautés religieuses, d’obédiences plutôt évangéliques : on y va, parce que notre voisin, notre collègue, nos amis y sont et on se sent en terrain connu ou conquis. Parce que c’est vivant, parce que « la musique est bonne », parce que le témoignage personnel y occupe une place de choix. Parce que ça nous parle. Parce que cela comble notre besoin d’être avec. Ou pour d’autres raisons tout aussi valables.

Oui, mais…

Ca, c’était avant que WhatsApp décide d’imposer un changement de ses conditions, permettant un échange et un partage de données avec Facebook. Cela a eu pour conséquence que beaucoup se sont posé des questions sur ce qu’ils sont prêts à partager, à donner à un système dont le contrôle échappe au plus grand nombre.

Aujourd’hui, on se dit qu’on devrait peut-être changer d’application. On devrait, c’est sûr, mais le fait-on ? Pourquoi ne le fait-on pas ?

Et il arrive aussi qu’on ne soit plus en phase avec le message de sa communauté ou ses responsables; qu’on ne s’y reconnaisse plus, qu’on ne s’y sente plus à l’aise. Et on se dit qu’on devrait changer, qu’on aurait avantage à aller voir ailleurs.

Pourquoi j’y suis allé ? Pourquoi j’y reste (encore) ?

Comme tout le monde, j’ai installé WhatsApp, parce que bon nombre de mes contacts y sont. Parce que j’avais envie d’en être aussi. Parce que j’avais besoin d’être relié à mes amis, et aussi un besoin de reconnaissance.

J’y reste encore, parce que bon nombre de mes contacts n’ont pas encore sauté le pas de quitter ce système pour un autre. Par crainte de perdre le contact, alors même que ces contacts pourraient perdurer d’autres manières. Par crainte et ou paresse aussi, n’ayant pas encore trouvé le courage de confirmer la suppression de mon compte WhatsApp. Comme d’ailleurs, je n’ai pas (encore) quitté Facebook, Twitter ni Instagram.

Qu’est-ce qui fait qu’un jour on soit allé dans une communauté religieuse ? Qu’on y ait été amené ? Qu’on y reste, même si on ne partage pas ce qui s’y vit, s’y dit ? Je crois que les arguments évoqués ci-dessus pourraient s’adapter à l’appartenance à une Église.

Pourquoi je quitte (mais pas encore tout à fait) ?

Je prépare mon départ de WhatsApp, en installant d’autres alternatives : Signal, Telegram et Threema.

Pourquoi les trois ? Parce que j’ai remarqué que certains de mes contacts étaient sur l’une plutôt que l’autre et qu’ainsi, nous restons en lien. J’essaie de sonder puis de convaincre les indécis et les réfractaires au changement.

À écouter sur la RTS : WhatsApp change ses règles, les Suisses cherchent des alternatives – rts.ch – Sciences-Tech.

Comme pour les réseaux sociaux, si l’envie de les quitter m’a souvent déjà occupé, je n’ai encore jamais fait ce pas, sans doute pour tout un tas de mauvaises raisons que je transforme en bonnes pour me donner bonne conscience.

C’est aussi ce que j’ai pu entendre de certaines personnes qui ne se reconnaissent pas dans l’une ou l’autre des communautés religieuses, mais qui ne les fréquentent plus, sans les avoir officiellement quittées : je n’y ai pas pensé. Ah bon, il faut le dire… Oui, oui, mais on ne sait jamais… Peut-être qu’un jour, j’y reviendrai….

Alors, on y est encore inscrit, tout en étant actif ailleurs. On reçoit le journal qu’on ne lit plus, mais on n’a jamais pensé à se désabonné. On n’ouvre même pas l’enveloppe au logo de l’Église, mais on ne la renvoie pas non plus.

Messageries et Églises, pas si différentes au final

En conclusion, je me dis que ce soit pour une messagerie ou une communauté religieuse, les raisons qui me feront la rejoindre ou non, y rester ou non, la quitter ou non seront assez semblables. Tout se joue dans la qualité des relations que je peux y tisser et entretenir, pour me sentir à ma place et reconnu.

À lire sur mon blog : Paroissien, qui es-tu ? – réformé & connecté (jeanmarcleresche.ch)

Que ce soit sur nos portables ou dans nos Églises, il y a toute un éventail de profils de membres, chacun y a sa place…. Enfin, je crois…

Droit, privilège ou exception

Depuis la fin du premier semi-confinement, les rassemblements sont autorisés dans la plupart des Églises de Suisse (et d’ailleurs aussi). Dans notre pays, on a fixé une limite à 50 personnes si la superficie des lieux de cultes le permet, en tenant compte des distances sanitaires. Les autres activités des Églises, elles, se trouvent limitées (voire pour la plupart annulées encore) et tombent sous les critères de limitation.

Ce droit à se rassembler qui concerne non seulement les obsèques mais aussi les célébrations religieuses, n’a jamais été remis en question, alors que d’autres ouvertures ont été interdites, notamment les restaurants, les musées, les salles de spectacles, les installations sportives. On peut dès lors s’interroger sur ce qui motive ce choix, ou sur ce qui garantit ce droit octroyé aux Églises, et certainement envié par d’autres.

Je comprends que les réunions politiques puissent se tenir, car il en va de la bonne marche du pays. Mais, est-ce que les Églises bénéficient d’un régime de faveur ? Ont-elles droit à des mesures exceptionnelles ? La réponse n’a jamais été donnée clairement.

Pourquoi nous et pas eux ?

Un élément de réponse « officielle » est que les Églises ont su mettre en place des mesures sanitaires qui permettent le déroulement des célébrations dans de bonnes conditions (en tout cas suffisamment acceptables) : pas de chants, notamment. Sans mentir, je peux affirmer qu’elles ne sont pas les seules. Un autre élément est que les représentants des Églises sont allés réclamer au Conseil fédéral de pouvoir reprendre les messes et cultes aussi vite que possible; ce qui est devenu réalité dès Pentecôte 2020.

Ce que je comprends aussi, c’est que l’importance du rassemblement, de la communauté, souffre de divergences selon la confession. Loin de minimiser l’importance de vivre ensemble et en présence un culte, nous et moi protestants croyons que la relation à Dieu peut se vivre aussi dans une démarche individuelle.

Amish, Personnes, L'Homme, Femmes
Peut-être la forme d’église de demain ? Allez savoir !

J’avoue que j’éprouve un malaise devant cette situation, en tant que professionnel d’Églises, et ne sais trop s’il faut considérer ce droit comme un privilège ou une exception. Je me sens mal à l’aise face à des directeurs de théâtres, de salle de concerts, de musées, contraints à garder portes closes. Dès le 1er mars, certains pourront rouvrir et c’est tant mieux.

Je me sens mal à l’aise devant des restaurateurs qui ont fait des efforts et investi pour répondre aux normes imposées et qui ont dû fermer quand même. Et eux doivent encore attendre…

Café, L'Architecture, Bâtiment, Grèce
Des restaurants fermés.

Ou devant des organisateurs de manifestations sportives qui se déroulent à huis clos. Je découvre à l’instant une nouvelle manifestation à Neuchâtel pour une réouverture des lieux publics.

Mal-aise…

Je travaille d’une part dans une aumônerie de rue qui gère un lieu d’accueil, fermé depuis décembre, car se calquant sur l’ouverture des restaurants. D’autre part, je suis engagé dans une paroisse et nous avons fait le choix, discuté et discutable peut-être, de ne pas célébrer de cultes en présence pendant un mois. Des paroissiens ont salué cette prise de position, car eux aussi ressentaient une pointe de culpabilité à avoir le droit ou le privilège de se rassembler, alors que tant d’autres en sont empêchés encore aujourd’hui. D’autres n’ont pas compris et comparaient avec ce qui se faisait ailleurs. « On a le droit… Alors, pourquoi pas ? » Bien sûr, nous n’avons pas rien fait; nous avons été plus ou moins créatifs : des cultes à l’emporter, des accueils à l’église en semaine, des livrets destinés aux jeunes, des contacts personnels par téléphone ou des visites ont permis de garder et de renforcer les liens existants. Ailleurs, et je les salue, il y a eu des initiatives où des paroisses ont organisé des cultes en invitant des musiciens ou artistes, dans une démarche de gagnant-gagnant. Mais cela ne m’empêche pas de ressentir tout de même et malgré tout un malaise.

Si je me suis engagé dans une Église réformée de surcroît, c’est pour être au service de la collectivité, pour faire passer le bien(-être) commun avant l’avantage individuel, c’est parce que je crois à une solidarité humaine indispensable. Manifester de la solidarité, c’est peut-être aussi ressentir le manque des uns, être avec eux, avec elles, dans une frustration partagée.

Plutôt que de ressentir un grand vide, j’ai plutôt expérimenté une proximité… disons chaleureuse que j’ai vérifiée en envoyant des messages de soutien à ceux et celles qui vivaient des temps difficiles. Les réponses reçues (et pas des accusés de réception standards) m’ont donné à penser que nous étions tous dans le même bateau : celui de l’humanité.

Un peu moins de superflu

… Pour plus d’essentiel ! Nous venons d’entrer dans le temps du carême. Un moment dans l’année qui est marqué traditionnellement par les carnavals : une fête avant un temps placé sous le signe des privations. C’est ainsi qu’on comprenait le carême. Les choses ont évolué évidemment et depuis une année, nous avons appris à vivre sans beaucoup de choses.

J’avoue que je n’ai jamais été friand (!) de cette compréhension d’un carême où il s’agirait de se priver. Par contre, je prends ces semaines comme un moment d’introspection et de réflexion : quel est mon superflu ? Quel est mon essentiel ? Qu’est-ce qui est important pour moi et les autres ? Que puis-je faire ? À quoi renoncer… pour un temps ?

Cette année, les Églises s’associent autour de la thématique « Justice climatique, maintenant ! »

Une présentation de la thématique de la campagne œcuménique de carême.

C’est vrai que cette crise-là a été éclipsée par une autre qui, elle aussi, a touché le monde entier. Il n’y a pas si longtemps, on voyait des rassemblements brandissant des pancartes pour sauver la planète.

Démonstration, Fridays For Future
Des manifestations pour sauver la planète… Vous vous souvenez ?

Des associations et les Églises nous rendent attentifs que le climat est l’affaire de tous et qu’il y a des pays qui sont les premières victimes des agissements d’autres. Sans oublier non plus que la sauvegarde du climat est l’affaire de tous, de vous, de moi. Et cela commence par des gestes simples. Avant même d’agir, il est bon de s’arrêter et de s’interroger : qu’est-ce qui est essentiel ? Superflu ? Comment instiller un peu plus de justice… maintenant déjà ? Agissons c’est le moment !

Ce texte a paru sous la forme d’un Instantané dans le Courrier de La Neuveville. Il se veut aussi une référence à la campagne de Carême des Églises de Suisse autour de la justice climatique.

Dans le genre de se débarrasser du superflu et de se centrer sur l’essentiel, on peut s’y essayer en commençant par nos armoires et nos maisons, grâce à la méthode Marie Kondo.

Se désencombrer commence sans doute par nos rangements.

Un changement de nom qui en dit long

Réunis en assemblée virtuelle, Covid oblige, les délégués du Parti Démocrate-Chrétien ont entériné la proposition de changer de nom. Ainsi, sur la scène fédérale, le « bon vieux » PDC deviendra Le Centre.

À lire : l’article de Julien Rilliet sur son blog du Temps.

Les arguments avancés pour justifier cette évolution sont pour le moins révélateurs de l’époque dans laquelle nous vivons et où ce qui a trait de près ou de loin à l’Église, la foi, Dieu paraît suspect, voire rédhibitoire ! On l’évacue vite fait!

Chrétien ne signifie pas que catholique

Les propos du président Gehard Pfister sont sans équivoque :

«Nous n’avons jamais réussi à sortir de nos régions d’origine parce que nous sommes perçus comme un parti catholique ou particulièrement religieux».

Gehard Pfister dans l’article du Temps.

Ainsi, le PDC serait cantonné à des régions estampillées catholiques, à l’image du Valais et composé de religieux pratiquants. Franchement, je n’en sais rien. Je ne connais pas assez de PDC pour en tirer une conclusion. Mais cela m’interpelle.

Il n’y a pas si longtemps, un ami disait : « Moi, je suis chrétien. Pas catholique. Pas protestant. Mais, chrétien ! »

Certains délégués ont aussi avancé cet objectif de toucher un électorat plus large qui s’effraie peut-être au vocable « chrétien », perçu, et pourquoi pas, comme sectaire.

En adoptant le nouveau nom « Le Centre », ce parti dit bien, et sans équivoque, son positionnement sur l’échiquier politique. Même si, et le président Pfister l’a souligné, les valeurs qui animent la philosophie du parti demeureront.

Le Préambule de la Constitution fédérale

Ces discussions me font penser à ces autres tentatives de vouloir évacuer la référence au Dieu Tout-puissant du Préambule de la Constitution fédérale, au nom du principe, sacro-saint, de la laïcité.

Au nom de Dieu Tout-Puissant!

Le peuple et les cantons suisses,

conscients de leur responsabilité envers la Création,

résolus à renouveler leur alliance pour renforcer la liberté, la démocratie, l’indépendance et la paix dans un esprit de solidarité et d’ouverture au monde,

déterminés à vivre ensemble leurs diversités dans le respect de l’autre et l’équité,

conscients des acquis communs et de leur devoir d’assumer leurs responsabilités envers les générations futures,

sachant que seul est libre qui use de sa liberté et que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres,

arrêtent la Constitution que voici:

Préambule de la Constitution fédérale (du 18 avril 1999, état au 1er janvier 2000)

Je crois que cette référence doit rester. Ne serait-ce que pour rappeler à nos élus sous la Coupole fédérale, qu’à défaut d’être des serviteurs de Dieu, ils sont serviteurs d’une autorité qui les dépasse, l’État. Cet État qui fait du soin aux plus faibles un principe élémentaire.

Aujourd’hui, le religieux fait peur à défaut de questionner. On l’évacue de l’espace public, le reléguant aux convictions personnelles et individuelles, garanties par cette même Constitution :

1 La liberté de conscience et de croyance est garantie.

2 Toute personne a le droit de choisir librement sa religion ainsi que de se forger ses convictions philosophiques et de les professer individuellement ou en communauté.

3 Toute personne a le droit d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir et de suivre un enseignement religieux.

4 Nul ne peut être contraint d’adhérer à une communauté religieuse ou d’y appartenir, d’accomplir un acte religieux ou de suivre un enseignement religieux.

Art. 15 de la Constitution fédérale

Finalement, on a perdu de vue la place des Églises dans la société civile. On les a reléguées à un rôle de célébrantes leur laissant « les choses d’en-haut », oserais-je dire. Mais l’Église, quelle que soit sa dénomination et sa confession, est appelée à jouer un rôle dans la vie publique et politique, ici-bas aussi et d’abord.

Elle a à veiller à ce que le souci et la prise en compte des plus faibles ne soient pas un vœux pieux, mais une réalité dans les décisions prises par les partis qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre. L’Église, même si elle ne doit pas faire de la politique, doit jouer son rôle de trublion pour rappeler à nos élus que leur engagement politique est soumis à une autorité plus haute. Ne serait-ce que le bien commun ou le vivre-ensemble, à défaut d’être animés par une foi en ce Dieu Tout-puissant. Cette autorité qui est un espace commun où chacun et chacune, quel qu’il·elle soit a la place qui lui revient.

Gageons que nos élus du Centre, et autres, sauront s’en souvenir.

Source de l’image de couverture : Rhonefm

Les Églises ne devraient pas se mêler de politique ? Allons donc…

Depuis quelques semaines, la campagne autour des votations du 29 novembre prochain à propos de l’initiative pour des multinationales responsables prend un tour jamais vu, aux dires mêmes des politiciens et observateurs aguerris.

On joue sur les mots. On se rejoint sur les buts mais on se déchire sur les moyens. On parle d’une initiative arrogante ou au contraire pertinente. On ne veut atteindre que les multinationales qui agissent de manière irresponsable. De l’autre côté, on prétend que nos PME seront aussi concernées… Enfin, on argumente au lance-pierre.

Parmi les critiques, il y a celle de la conseillère fédérale Karin Keller Sutter (photo tirée du site cath.ch), KKS pour les intimes dont je ne suis pas. Elle fustige l’engagement des Églises, notamment les faîtières, la Conférence des évêques de Suisse et l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) dans la campagne pour le soutien à l’initiative. Son argument est simpliste : « Ce ne sont pas aux Églises de dire qui est un bon chrétien, mais le ‘bon’ Dieu ! » et de poursuivre que la tâche des Églises n’est pas de se mêler de politique, mais d’accompagner les croyants sur des questions éthiques.

Ce ne sont pas les Églises qui définissent qui est un bon chrétien «mais le bon Dieu!»

Karin Keller-Sutter, conseillère fédérale et ministre de la justice

J’ai aussi été le témoin d’une commune qui a expressément demandé (pour ne pas dire obligé) la paroisse du lieu à enlever une banderole orange « OUI à l’initiative pour des multinationales responsables » des proches abords de l’église. La raison ? Le terrain appartient à la commune et celle-ci a reçu des réactions négatives voire outrées, parce que ça gêne.

Je crois que le fond de l’histoire, le véritable enjeu, est ailleurs : l’initiative pour des multinationales responsables bénéficie d’un large soutien populaire, manifesté par un engagement de la base : comités cantonaux, envoi massif de cartes postales, prises de positions et courriers des lecteurs. Du jamais vu ! À tel point qu’economiesuisse fait « Oh ! » et tremble sur ses bases et ses certitudes.

Ainsi, l’Église devrait être la garante du bien-croire et l’État celle du bien-voter ? Allons donc ! Faut-il rappeler à Mme Keller-Sutter, et aux autres par la même occasion, qu’un croyant, un chrétien, un paroissien est aussi (et d’abord) un citoyen ? Qu’il a le droit de vote. Et que ses choix politiques sont bien souvent orientés par ses convictions et des valeurs qui le dépassent, mais qu’il a fait siennes ?

Les réactions hostiles à l’engagement des Églises dans cette campagne démontrent le regard qu’une certaine frange de la société et du politique porte à cette vénérable institution : les Églises sont là pour le fait religieux et que pour le fait religieux. Pour le culte du dimanche matin et pour les cérémonies d’adieux. Pour le reste, tout le reste, elles sont priées de se taire, de se faire discrètes, invisibles si possible.

Mais, l’Église a aussi et surtout une voix prophétique à faire entendre. Qu’elle ne s’en prive pas !

Elle dérange ? Tant mieux ! C’est là sa vocation.

Les signes des temps, tout va bien : l’Église suit le mouvement

Dimanche 13 septembre, Isabelle Graesslé était l’invitée de l’émission Hautes fréquences de La Première. En effet, elle est l’une des prétendantes à la présidence de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS pour les intimes) ; l’autre étant la pasteure zurichoise Rita Famoz.

Isabelle Graesslé se définit d’abord comme une théologienne, qui cherche à penser le monde, lit (ou tente de lire) les signes des temps. Elle est aussi « pasteure de terrain », dans la paroisse de Prilly (à l’heure où j’écris ces lignes) qui n’en reste pas à « son cabinet » ! Elle en appelle à un changement du protestantisme, déserté aujourd’hui, pour qu’il aille à la rencontre d’autres publics.

Les signes des temps sont, dans la Bible du moins, synonymes de changements, de révolutions. Or, dans le monde de maintenant, l’Église est dans son temps, dans celui du monde aussi. Faut-il s’en inquiéter ?

L’Église suit à son tour le mouvement du monde. D’abord, il y a la place des femmes. En octobre 2019, les élections fédérales ont montré une hausse massive des députées au Parlement fédéral, bastion majoritairement masculin. Les élections communales de cet automne font aussi la part belle aux candidates. Certains, à l’image du socialiste Daniel Musy, l’appellent de leurs vœux.

Le 18 août dernier, Judith Pörksen Roder a été élue à la présidence du Conseil synodal des Églises Berne-Jura-Soleure.

Et c’est certainement une bonne chose qu’une théologienne, romande de surcroît, puisse assumer un rôle de leader dans la faîtière des Églises réformées de Suisse qui se prononceront du 1er au 3 novembre !

L’Église surfe à son tour sur la vague verte, celle du changement climatique, qui devient une urgence. Est-ce que ça l’aurait été sans Greta Thunberg et les manifestations des jeunes dans les rues ? Isabelle Graesslé prêche aussi pour une présence de l’Église réformée dans le débat public et politique.

Mais, la situation de ce printemps m’a laissé sur ma faim : j’ai plus entendu les représentants des Églises insister auprès du ministre de la santé pour reprendre les célébrations en présentiel qu’un engagement tangible et concret pour lutter contre la pauvreté et la précarisation soudainement visibles. Je salue les initiatives paroissiales et locales qui ont accompagné cette période en développant plus de solidarité.

Si les Églises sont appelées à changer, (ont-elles le choix si elles ne veulent tout simplement ne pas disparaître du paysage ?), y sont-elles prêtes ? De là où je suis, en paroisse notamment, je constate une résistance aux changements. Parce que, comme me le rappelait un collègue, si tout le monde veut le changement, bien peu sont prêts à l’inaugurer ; le changement fait peur : on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on peut gagner !

Finalement, on parle de la nécessité pour l’Église de se réformer, de s’adresser aux 95% des personnes qui n’y sont plus, d’être présente là où se jouent le présent et l’avenir de notre planète. On en parle, oui, c’est sûr et depuis longtemps. Mais que faisons-nous vraiment, concrètement ?

Il faudra plus qu’une réforme des structures. Il faudra plus qu’un coup de vernis. Même si l’élection d’une femme à la tête de l’EERS pourrait être un signal encourageant, il sera nécessaire d’aller plus loin, et de passer par une refonte en profondeur des consciences. Et c’est ce qui attend chacun·e de nous, que nous soyons dans, hors ou à côté de l’Église.

Et moi le premier, je devrais me retrousser un peu plus les manches parce que demain, c’est aujourd’hui.

Les signes des temps sont là, sous nos yeux. Les voyons-nous ?

On a de la chance de connaître le pasteur Marc Pernot

Mi-septembre, les médias genevois ont fait la part belle au pasteur Marc Pernot de l’Église protestante de Genève (EPG).

On le connaît déjà comme le créateur du site jecherchedieu.ch (voir aussi mon article, à ce propos) où il répond aux questions des internautes. Aucune n’est taboue. Tout mérite réponse, et Marc le fait très bien, avec sensibilité, respect, savoirs et compétences (au pluriel). Il anime (ou donne vie) ainsi une paroisse en ligne, plutôt qu’une paroisse virtuelle (qui n’aurait pas de consistance, alors que les échanges ont lieu entre personnes bien réelles). On y trouve aussi, et sous diverses formes, des prédications à emporter avec soi, à écouter ou à lire là où on est et quand on a le temps.

Il y a eu une série de conférences à propos des héros bibliques.

Dès aujourd’hui, 15 septembre 2020, il animera une série de 4 conférences autour des miracles, entre 12h30 et 13h30 à La Fusterie. Il interrogera notamment la lecture des récits de miracles : faits historiques ou stimulation pour nos vies aujourd’hui ?

Dans l’émission Léman Bleu, le présentateur Pascal Décaillet accueille Marc Pernot pour un bel entretien empreint de respect.

En cliquant sur ce lien, vous pourrez regarder la vidéo de l’émission.

On a de la chance de connaître Marc Pernot. C’est un homme de liens. Lui, qui avec Elio Jaillet, Etienne Guilloud et moi-même, promeut le Réseau-Protestant.

C’est un homme qui relie, nous relie à nous-mêmes et à ce qui est plus grand que nous.

Merci, Marc!

Ma vie de diacre. À l’heure du bilan #2

DIACONAT. À l’heure de ma transition professionnelle, je fais le bilan de mes activités au sein de l’Église réformée évangélique du Canton de Neuchâtel. Pas pour me glorifier, non ! Mais pour dire ma reconnaissance.


Dans un précédent billet, j’ai parlé de mon engagement auprès des aînés. Pendant un peu plus de deux ans, j’ai aussi participé à l’animation du groupe de jeunes Tourbillon, âgés de 11 à 14 ans. Je ne vous cache pas que ça me changeait du rythme des homes, mais les questions, au final, se rejoignaient, avec d’autres mots, mais quand même : pourquoi on vit si vieux ? Pourquoi on souffre ? Qu’y a-t-il après la mort ? Qu’est-ce qu’il y avait avant Dieu ? Est-ce que Dieu a créé les dinosaures ? Est-ce qu’il y a vraiment un Créateur, au regard de la science ? Alors, j’ai cheminé au pas de chacun. Laissant souvent les réponses ou les non-réponses venir d’elles-mêmes et prendre conscience qu’une question sans réponse, un doute, n’empêchent pas de croire.

Je suis particulièrement fier de ce que nous, les moniteurs et monitrices et les jeunes du groupe Tourbillon avons réalisé pour le Culte cantonal de l’EREN en 2014 au temple du Locle. J’avais lancé l’idée de réalisé des vidéos de Jeux de mains. Comment dire l’amour (c’était le thème du culte, parce que Le Locle est la capitale mondiale auto-proclamée de la Saint-Valentin) ? Et ce rendez-vous cantonal a fait la part belle aux enfants et aux jeunes.

Nous avons laissé la liberté aux jeunes de créer de toutes pièces des histoires qui se sont révélées pertinentes et touchantes. Un rythme lent qui permettait de s’imprégner de ce qui était projeté. Et ça a marché. On a reçu de nombreux échos très positifs et cela a été une belle récompense pour ces jeunes. J’ai découvert avec eux une foi en… (je n’ose pas dire Dieu, parce que tous ne s’y référaient pas), mais une foi certaine… en la vie, en l’amour.

Les fondamentaux bibliques ne sont plus évidents : Abraham, Moïse, Ruth… C’est qui ? Des histoires qui sonnent un peu bizarres, parce qu’elles sont vieilles… Alors, on tente de revenir à aujourd’hui, à ce qu’elles nous disent, ces histoires, pour nous. Oui, pour toi, pour moi. Et tant pis, ou heureusement, si on se trompe…

Bien sûr, quand on travaille avec des jeunes pré-adolescents, il faut faire de la discipline, rappeler les principes de fonctionnement du groupe qui ont été négociés avec eux. Il faut parfois tout arrêter, parce que ça dégénère… Élever la voix (c’est arrivé), revenir à un savoir-vire ensemble qui n’est pas une évidence à cet âge-là. Et tout cela, ça pompe de l’énergie ! Mais, au final et avec le recul, nous les moniteurs, nous avons beaucoup appris et c’est cela qui est beau ! Je me suis souvent surpris à repenser à cet épisode où Jésus place un enfant au milieu de ses disciples, les invitant à être comme lui pour entrer dans le Royaume. Quelle leçon !

À vous tous, jeunes et moins jeunes, je vous dis : MERCI!

À suivre…

Ma vie de diacre. À l’heure du bilan. #1

DIACONAT. À l’heure de quitter mon ministère d’aumônier auprès des aînés et l’Église cantonale qui m’a permis d’y entrer (ndlr : pardonnez le jeu de mot entre quitter et entrer), il est temps de faire le bilan. Oh, pas pour me glorifier, mais en jetant un coup d’œil dans le rétroviseur.


Voilà dix ans et quelques mois que je suis entré dans l’aumônerie auprès des aînés. Dans le jargon institutionnel, on dit : aumônerie en EMS. J’y ai fait mes premières armes, tout en suivant la formation diaconale en cours d’emploi. Avec le recul, je considère la situation inconfortable : du côté des établissements de soins, je suis le professionnel qui sait, un expert, et du côté de l’office qui me forme, un apprenant qui a le droit de faire faux, de se tromper, de tester.  J’ai fait avec…

Je renonce à compter les cultes, célébrations et cérémonies diverses que j’ai présidées, les visites aux résidents, les entretiens et discussions avec les familles (à leur demande ou au hasard des rencontres), les fêtes en tous genres organisées par les EMS eux-mêmes. Il y en a eu beaucoup et cela suffit.

Ce que je retiens, par contre, c’est le lien de confiance qui s’est tissé avec les résidents. Et pas plus tard que tout à l’heure, au moment de dire « à-Dieu », ces mots qui touchent en plein cœur : « On va vous regretter et Merci pour tout ! » La complicité avec des animateurs et animatrices, des soignants… « Merci ! » et je leur retourne le compliment.

Il y a eu, et c’est normal paraît-il, ces coups de blues. Ces moments où j’ai eu l’impression de passer à côté, d’avoir manqué l’essentiel. Et où j’ai été tout surpris d’entendre que j’ai fait du bien. Je vais oublier, si je peux, ces réunions ou autres colloques qui laissent le goût de « tout ça pour ça ! » Je ne garde pas rancune d’une reconnaissance à géométrie variable de la part des soignants.

On se quitte, oui, et c’est un vrai choix, j’ai déjà eu l’occasion de l’affirmer. On se quitte, mais on ne s’oublie pas. Pour ma part, je débarquerai dans ma nouvelle paroisse avec un gros sac à dos virtuel rempli de tous ces souvenirs, de tous ces visages. Certains regards se sont fermés pour rejoindre le mystère de Dieu. D’autres sont là encore et bien présents. Ils m’ont tant appris, ces « vieillards » qui ont relu une partie de leur vie avec une lucidité parfois déconcertante.  Ces hommes et ces femmes m’ont donné une leçon de sagesse (j’ai encore l’âge d’apprendre) : « Quand on croit avoir enfin tout compris, on découvre qu’on n’a rien compris… »

Moi un spécialiste ? Un professionnel qui sait ? Un expert ? Allons donc ! Oui, j’ai suivi des formations variées. Oui, j’ai acquis des savoirs, des compétences. Oui, j’ai évolué et progressé. Mais surtout, j’apprends toujours et encore à être humain… juste humain. Et cela suffit.

À suivre…